Par Nadir Kadi
La stratégie de gestion de la crise sanitaire adoptée par le gouvernement essuie, depuis quelques jours, des commentaires de plus en plus critiques de partis d’opposition. La «gestion sanitaire», mise à l’épreuve depuis le début du mois de juillet par la forte augmentation des contaminations, des hospitalisations et des décès, serait en ce sens marquée, selon le Front des forces socialistes (FFS), par «la panique» et «l’incapacité» des autorités à fournir les hôpitaux en oxygène. Le Parti socialiste des travailleurs (PST) et le Parti des Travailleurs (PT) estiment respectivement que la pandémie «a mis à nu la politique de marchandisation de la santé humaine au niveau mondiale, en général, et en Algérie, en particulier», et a démontré la nécessité de «réquisitionner tous les moyens financiers, publics, humains et matériels pour affronter ce sinistre». Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a, pour sa part, estimé que l’augmentation des contaminations pouvait être le résultat de la dernière campagne des élections législatives… Les quatre mouvements politiques, souvent radicalement opposés aux choix du gouvernement, multiplient ainsi depuis une semaine les communiqués de presse sur cette «question sanitaire». Tous appellent, à des degrés divers, à la prise de nouvelles «mesures urgentes».
Ainsi, premier parti à ouvrir les «hostilités», le Parti des Travailleurs (PT), très circonspect depuis le début de la crise sur l’efficacité et la pertinence des «mesures de lutte» qualifiant entre autres les confinements de solution «pseudo sanitaire». Le parti de Louisa Hanoune estime, aujourd’hui, que la situation causée par le variant indien, Delta, est «dramatique» et appelle à l’instauration d’un «état d’urgence sanitaire» dans le but de réquisitionner l’ensemble des moyens sanitaires privés et publics. Le PT estime par ailleurs que la situation actuelle aurait pu être évitée. Mettant à nouveau en cause la stratégie du gouvernement, le PT écrit dans son communiqué que la situation sanitaire du pays est «le produit de l’absence de toute vision prospective et prévisionnelle au niveau des autorités publiques, étant donné que les leçons n’ont pas été tirées après les premières et deuxième vagues et, de ce fait, les plans nécessaires anticipant sur le retour en force de la Covid n’ont pas été élaborés».
Constat tout aussi critique du FFS, ce dernier a fait savoir samedi que la situation épidémiologique actuelle relevait d’une sorte «d’incapacité et de panique des autorités dans la gestion de la crise sanitaire». Le parti dénonce plus précisément le manque d’oxygène médical dans les structures de santé : «Il est inacceptable que des patients meurent dans les hôpitaux à cause de l’épuisement ou de la pénurie d’oxygène.» Il a demandé l’ouverture d’une enquête à ce sujet, afin d’identifier les causes de la «pénurie». Expliquant également que le gouvernement aurait pu «anticiper» l’aggravation de la pandémie, d’autant que la crise se prolonge «depuis plus d’un an». Le FFS appelle en ce sens le gouvernement à mettre en place un «plan d’urgence» comportant un durcissement des mesures de prévention. Il précise en ce sens que les autorités doivent «assumer pleinement leurs responsabilités», à «lever les contraintes bureaucratiques», mais aussi à «accélérer la campagne de vaccination». Et dans la même logique, mais avec un ton beaucoup plus «politique» et idéologique, le PST estime que l’économie «libérale» a aggravé la crise sanitaire : «La santé est devenue une marchandise entre les mains des multinationales et du capitalisme mondial à l’image de la gestion des vaccins qui les engraisse.» Une orientation qui n’épargne pas l’Algérie, où un «secteur privé parasite, qui échappe à tout contrôle (a) introduit une santé à deux vitesses, l’une pour les riches et l’autre, sans moyens, pour la population». Quant au gouvernement, il serait responsable, selon le PST, d’un manque de préparation «depuis 2020» mais aussi de n’avoir fourni aucune «prise en charge (…) à la population affectée et aux 500 000 travailleurs qui ont officiellement perdu leurs revenus». Le parti de M. Mohcine Belabbas estime que le manque d’oxygène serait le résultat du «démantèlement du tissu industriel du pays, livré à une mafia politico-financière érigée autour de Bouteflika».