Les directeurs des théâtres régionaux sont sommés, ou presque, de trouver de nouveaux modes de financement pour gérer leur établissement et payer les salaires. Ce n’est pas aujourd’hui ni dans un futur immédiat, mais le ministère de la Culture et des Arts semble vouloir exercer une pression sur ces gestionnaires pour ne plus compter sur les subventions de l’Etat. Une épreuve à surveiller dans un pays où l’on est habitué à ne pas trop payer pour consommer les produits culturels quand l’offre existe suffisamment.

Synthèse de Salim Benour
Dimanche, 28 mars, l’inspecteur au ministère de la Culture et des Arts, Hicham Aïssani, a dressé un constat négatif de la gestion des théâtres régionaux. S’exprimant lors d’une conférence au programme du Colloque sur les « stratégies nationales et internationales de gestion des théâtres », ce responsable a relevé que les directeurs des théâtres régionaux « n’ont pas de stratégies commerciales », soulignant qu’« au lieu d’e penser à fructifier leurs productions ou activités, ils attendent les subventions de l’Etat ».
Les théâtres régionaux « sont des établissements publics à caractère commercial et industriel, supposés générer des revenus financiers » devant assurer les salaires des personnels, aujourd’hui, garantis par les seules subventions de l’Etat. Une anomalie, a-t-il commenté. Selon le cahier des charges « il est interdit à ces théâtres de payer les salaires à partir des subventions », a-t-il précisé, déplorant que « tous les théâtres régionaux se basent uniquement sur les subventions ». Pour résoudre ce problème, il a mis en avant « l’importance des contrats de performance », nouvellement institués dans le cadre du chantier de réforme du théâtre initié par le ministère, qui imposera « un contrôle sur les subventions accordées » à ces théâtres.
L’ouverture de la porte du débat avec les gestionnaires de ces théâtres permettra de « dépasser un nombre important de problèmes » et de « sortir du mode de gestion conventionnel », a-t-il estimé. Par ailleurs, M. Aïssani a relevé de nombreux obstacles qui entravent le travail des théâtres, tels que le « conflit imaginaire » entre leurs directeurs et les directeurs de la culture (chevauchement des tâches), le « conflit d’intérêts », ainsi que « la non-adoption d’un guide interne », à même de conférer la transparence dans leur gestion financière.
Afin de maîtriser davantage cette gestion financière et sortir de la dépendance aux subventions, Hicham Aissani a appelé les directeurs à « la « rationalisation des dépenses » de fonctionnement, à « l’arrêt du recrutement anarchique » et à « la réflexion sur de nouveaux modes de financement », comme les sponsors et la mise à profit des espaces pour les activités culturelles ainsi que « l’élaboration de stratégies de communication et de marketing » et « l’adoption de la numérisation ». « Le dysfonctionnement dans la gestion administrative et financière des théâtres régionaux concerne, également, le Théâtre national », a-t-il indiqué, relevant « un manquement » par les ministères précédents de la Culture, en matière de gestion du secteur du théâtre.
Organisé par le ministère de la Culture et des Arts au Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi, à l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, le Colloque, ouvert le samedi 27 mars, a pris fin le lundi 29, avec au programme une série de recommandations du chantier engagé par le ministère pour la réforme du théâtre.