Après Niamey, le chef de la diplomatie, Ramtane Lamamra, se trouvait hier en Mauritanie pour la supervision et la relance des grands de dossier de coopération de l’Algérie avec ses voisins maghrébins et sahéliens. Objectif : un partenariat gagnant-gagnant et garder, pour notre pays, la position géostratégique qu’il occupe dans un ensemble géopolitique africain et sous-région en plein bouleversement.

Par Anis Remane
Le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra était hier en déplacement en Mauritanie. A Nouakchott, il a eu dans son programme de visite des entretiens avec les plus hautes autorités mauritaniennes, en tête desquelles le président Mohamed Ould El-Ghazaouani, sur les grands dossiers de coopération dans lesquels les parties algérienne et mauritanienne sont engagées de longue date. Cette visite dans un pays clé de l’ensemble géopolitique maghrébin et sahélien intervient après celle effectuée les 6 et 7 septembre par Ramtane Lamamra au Niger quelques semaines après la visite du chef de l’Etat nigérien Mohamed Bazoum en juillet dernier à Alger. Elle représente la première rencontre bilatérale entre des membres des gouvernements algérien d’Aïmene Benabderrahmane et nigérien de Mahamadou Ouhoumoudou. Elle témoigne surtout du regain d’intérêt de l’Algérie pour ses voisins du Sahel avec lesquels elle partage une coopération ancienne aujourd’hui mise à jour par l’importance prise par les questions énergétiques et migratoires notamment. «L’Algérie est un pays amis et grand voisin avec qui nous partageons plus de 1000 km de frontière après le Nigeria, c’est un partenaire essentiel sur le plan économique, stratégique, géopolitique, un partenaire vital pour nous et pour la sous-région, c’est pour cela que nous considérons nos relations comme très stratégique», a déclaré le ministre des Affaires étrangères nigérien au sujet de cette visite de travail. «Notre axe de coopération est forcément Nord-Sud, au Nord l’Algérie et le Nigeria au Sud», a ajouté Hassoumi Massaoudi. «Les orientations stratégiques qui ont été déterminées au cours de la visite historique du président Bazoum en Algérie ont permis aux deux dirigeants de dégager des horizons, de tracer des perspectives très concrètes pour nos relations bilatérales», a indiqué, pour sa part, Ramtane Lamamra aux yeux duquel il y a «nécessité de travailler ensemble pour préserver la paix et la stabilité et promouvoir le développement en Afrique en général et dans la sous-région en particulier».
A Niamey, les deux ministres diplomates ont salué l’exemplarité de la coopération sécuritaire, quelques jours seulement après la réunion à Alger de la commission mixte militaire, les 24, 25 et 26 août derniers. Ils se sont engagés au nom de leurs gouvernements à «continuer» cette coopération afin de «faire face aux multiples défis sécuritaires, en particulier dans la région du Sahel». Dans le domaine énergétique, ils ont pris bonne note de la relance de la coopération au niveau du bloc Kafra foré par Sonatrach en 2017 dans ce bassin pétrolier situé non loin de la frontière avec l’Algérie et des perspectives favorables pour permettre à sa filiale SIPEX (Sonatrach International Production and Exploration Corporation) de poursuivre ses activités et passer à la phase de l’exploitation le plus rapidement possible. Ils ont convenu d’approfondir à la fin du mois en cours, lors de la visite prévue du ministre de l’Energie et des Mines Mohamed Arkab à Niamey, les consultations sur le projet du gazoduc transsaharien. La question migratoire, a-t-on appris, devra faire l’objet d’un prochain examen par les ministres de l’intérieur des deux pays tout comme sera passé en revue celle du voisinage à l’occasion de la prochaine session du comité frontalier bilatéral.

Redéploiement du dispositif diplomatique
La tournée de M. Lamamra au Niger et en Mauritanie intervient dans une conjoncture marquée en Algérie par un redéploiement de son dispositif diplomatique. Elle intervient également dans un contexte de bouleversement international par rapport auquel l’Algérie entend se faire entendre et faire entendre ses intérêts comme ses orientations géopolitiques à des pays voisins sollicités par d’autres pays et d’autres intérêts à l’échelle continentale et sous-régionale. La rupture des relations avec le Maroc, le 24 août dernier, et la candidature d’Israël en tant que pays observateur au sein de l’Union Africaine font partie de ces bouleversements. Ils incitent la diplomatie algérienne à renforcer ses liens avec les pays qui lui sont proches historiquement et géopolitiquement dans une démarche qui se veut globale pour des objectifs de coopération aussi bien politique, économique, que militaire et sécuritaire à l’échelle des Etats et des gouvernements de la sous-région.
La Mauritanie et le Niger sont par exemple partie prenante de l’initiative algérienne de création d’un Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) basé à Tamanrasset. Ce Comité reprend de la vigueur à la faveur des développements au Mali où la participation militaire française via l’opération Barkhane, entre autres, semble avoir atteint ses limites pour montrer comment les solutions militaires et sécuritaires endogènes sont les plus indiquées et les moins coûteuses en matière de lutte contre le terrorisme et les autres menaces à la sécurité des pays concernés.