Il aura fallu plus de vingt ans au moins d’hésitations pour que les autorités prennent, enfin, des décisions courageuses en matière de développement des énergies renouvelables (ENR), via l’éclairage public dans chaque commune du pays à partir de panneaux solaires, de lutte contre le gaspillage de carburant et de vision énergétique à moyen et long termes à travers la réactivation du Haut-conseil de l’énergie.

En effet, le chef de l’Etat est allé plus loin que les différents gouvernants qui se sont succédés en arrêtant plusieurs décisions positives, affichées lors de son intervention à l’issue de l’exposé du ministre de l’Energie,
Mohamed Arkab, au cours du Conseil des ministres tenu dimanche dernier. De façon plus précise, le chef de l’Etat, lit-on dans le communiqué officiel rendu public à l’issue de cette réunion, «a donné des instructions pour l’utilisation de l’énergie solaire dans l’éclairage public à travers toutes les communes du pays. Il a ordonné la conversion au Sirghaz des voitures du secteur public et la promotion de l’utilisation de voitures électriques ainsi que la constitution du Haut-conseil de l’énergie composé de compétences nationales et de celles établies à l’étranger». Ces mesures, faut-il le souligner, étaient préconisées par plusieurs experts mais n’ont pas trouvé écho ces dernières années auprès des autorités. A noter que le Conseil national de l’énergie, créé à l’époque du Président Zeroual, était présidé par le chef de l’Etat et composé en particulier des ministres de l’Energie, des Finances, du gouverneur de la Banque d’Algérie et du chef d’état-major de l’ANP. Il avait été gelé par le Président Bouteflika. Dans la version Tebboune sa composante change, elle est constituée de spécialistes nationaux résidant en Algérie ou à l’étranger. Ce qui s’avère plus logique. Quant à la généralisation du GPL carburant dit Sirghaz, elle était également attendue. L’obligation à sa consommation par les flottes des administrations, des ministères et institutions publiques ainsi que les entreprises a trois vertus : elle permet de réaliser des économies dans le budget de fonctionnement de ces entités ainsi que dans les charges des sociétés d’Etat, de réduire la consommation des essences tels l’essence sans plomb et le gas oil, permettant de dégager des excédents supplémentaires à l’exportation et de limiter le gaspillage des produits énergétiques. Au volet énergies renouvelables, la volonté est clairement affichée d’accélérer son développement et de fonder la transition énergétique sur les ENR et l’efficacité énergétique. «L’objectif à atteindre dans les cinq années à venir est de concrétiser une transition énergétique basée sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique de façon à répondre aux besoins de la consommation interne, suite à l’amélioration du niveau de vie du citoyen. Dans la même veine, «il a appelé à la mise en place d’une politique d’efficacité énergétique stricte pour mettre fin au gaspillage et préserver en permanence les ressources énergétiques du pays». En d’autres termes, il appelle à la mise en place d’un modèle de consommation énergétique plus rationnel. Cela passe à l’évidence par une politique d’efficacité énergétique plus ambitieuse que celle affichée ces dernières années, dont l’illustration la plus frappante est que sur 1 million de logements fraîchement réalisés, en cours de réalisation ou en voie de lancement des travaux, peu bénéficient ou bénéficieront d’une isolation thermique. Alors que si on s’oriente vers sa promotion auprès de la majorité de la population, via l’acquisition à tempérament de fenêtres réalisant cette isolation thermique, l’Algérie économiserait énormément d’énergie. Pour le premier magistrat du pays, tout cela ne veut pas dire que les hydrocarbures n’occuperont pas une place dans le mix énergétique à moyen terme. En effet, Abdelmadjid Tebboune appelle à valoriser et renouveler les ressources hydrocarbures et reconstituer les réserves déjà consommées.
Au tableau gris de ce Conseil des ministres, tel que rapporté par le communiqué officiel, il convient de relever l’absence d’échéancier précis pour toutes ces décisions, l’énumération d’objectifs peu précis, l’absence d’un mode d’emploi détaillé pour atteindre ces objectifs. Encore une fois, cela pèche souvent par des généralités. La nouvelle gouvernance du pays gagnerait ainsi à associer les compétences nationales et les acteurs de ces filières à la mise en oeuvre de ces programmes de développement des énergies renouvelables, de définition du nouveau modèle de consommation énergétique et de développement du secteur des hydrocarbures afin de mettre fin à tant d’approximations dans la définition des actions du gouvernement.