Le metteur en scène Mustapha Sefrani a présenté, samedi dernier au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi la générale de sa pièce «Madha Law» (Et si), co-produite par l’association culturelle «Masque» des arts théâtraux et le Théâtre national algérien.

La thématique centrale de la pièce est le poids de l’autorité, qu’elle soit institutionnelle ou parentale,  sur la personnalité de l’individu et la manière dont elle façonne son destin,  soit  dans la quête de la dignité et de la liberté, soit  en perpétuant le rôle de l’oppresseur. La pièce est une adaptation du texte de l’écrivain koweïtien Abbas al-Hayek, qui relate un huis clos entre une journaliste emprisonnée et l’officier qui mène l’interrogatoire, illustrant ainsi le bras de fer  entre « la voix de la liberté et le bâton de la répression », tel que le souligne la présentation de la pièce.  En effet, la prisonnière, accusée d’être une espionne au service d’une nation étrangère, se défend contre  ces accusations mensongères en déclarant à celui qui mène l’interrogatoire d’une manière musclée que personne ne lui fait peur et qu’elle continuera à faire éclater la vérité dans ses articles de presse à travers lesquels, elle a dévoilé au grand public plusieurs affaires liées à  la mafia politico-financière. Paradoxalement, une relation se tisse subtilement au fil des interrogatoires entre  la journaliste et l’enquêteur, au point où, après  trois jours d’absence de celui-ci, elle se sent seule et trouve le moyen de le supplier de revenir. Elle met ainsi en exergue l’importance de  son enquête afin de l’aider à enquêter sur ce qui lui arrive car, en l’interrogeant, il pourra l’aider en faisant éclater la vérité à son tour et découvrir qui sont les commanditaires de son arrestation et des accusations infondées portées contre elle. Touchée par  sa sincérité et sa force de caractère, le jeune enquêteur s’ouvre à elle en lui confiant que ce métier n’était pas son rêve et qu’il a juste suivi les pas de son père qui était un officier. Lui, voulait être seulement un enseignant. Cette scène de dialogue illustre ainsi explicitement  les conséquences désastreuses de l’autorité sociale, à travers le prisme d’une famille capable de déterminer le sort de ses enfants de manière négative et de détruire leur vie. Le pouvoir du père est ici l’exemple de comment il a formaté son propre fils à prendre son relais, en faisant un  oppresseur sans sentiment dénué de toute humanité. Le ravage psychologique  d’une telle méthode pour manipuler  les individus est illustré par les scènes où, lorsqu’il se retrouve seul, l’enquêteur laisse transparaître sa fragilité à travers l’attachement maladif  à un adulte pour une poupée de chiffons qu’il berce inlassablement telle une ultime bouée de sauvetage pour exprimer son profond mal-être malgré ses apparences  d’interrogateur glacial et sans pitié.

Une performance desservant l’impact de la pièce
En marge de la représentation, le metteur en scène Mustapha Safrani nous a déclaré que «le travail est inspiré d’une histoire réelle. Nous avons essayé de la ramener à la réalité actuelle de l’Algérie. Les comédiens ont choisi ce texte et ont voulu absolument le jouer ».
Ajoutant qu’en ce qui concerne la scénographie, signée Mourad Bouchehir, le metteur en scène dira que  l’option scénographie consistait à s’appuyer sur un décor minimaliste, affirmant que «la performance du comédien est la chose la plus importante de la pièce, la scénographie est là pour mettre en relief son jeu théâtral en lui offrant un espace scénique dans lequel il peut évoluer avec aisance».
Mustapha Safrani tient également à souligner que «la vision de la  mise en scène a été développée dans un format simple et philosophique à la fois. Ce travail aborde la quête perpétuelle de la liberté chez l’être humain.
Ceci, en se concentrant  sur la manière de réagir lorsque les choses sont réprimées de l’intérieur». Toutefois, il est à noter que la performance des comédiens Asma Cheikh et Mohamed Lahwes était en déséquilibre dans la qualité d’interprétation, rendant le rythme du spectacle incohérent et surtout lourd.
De plus, le choix d’interpréter la pièce en arabe classique élitiste a desservi  la pièce, ce qui a poussé une partie du public à quitter la salle par ennui. Au final, malgré le choix d’une thématique  intéressante, la pièce n’a pas réussi à captiver les amateurs du quatrième art, à cause de la forme de sa présentation, en déphasage avec le public présent. Un sentiment de gâchis, d’autant plus que dans le fond, la pièce est au cœur de l’actualité algérienne, dans un contexte sociopolitique algérien  où la problématique de la liberté d’expression, de la mafia politico-financière  et de l’insurrection de tout un peuple contre l’ordre établi à travers le chant  fédérateur de « la liberté ».