Le gel des importations de la poudre de lait depuis deux mois s’est vite traduit sur le circuit du commerce du détail par une importante hausse.

Par Bouzid Chalabi
Rendue effective depuis le mois d’octobre dernier, le gel des importations de la poudre de lait et autres matières premières, entrant dans la production de denrées alimentaires, ainsi que les taurillons destinés à l’engraissement, va sans aucun doute avoir un impact direct dans le circuit de la commercialisation. En clair, il faut s’attendre dans l’immédiat à des augmentations des prix à la consommation sur de nombreuses denrées alimentaires, notamment les dérivés du lait, à savoir les fromages, yaourts et barres de chocolat.
C’est d’ailleurs déjà le cas pour la poudre de lait conditionné dont le prix «a augmenté d’au moins 30% ces derniers jours par rapport à ce qu’il était auparavant», confirme à Reporters Walid Messaoud, président du Comité des grossistes en denrées alimentaires de Oued Smar, haut lieu du commerce en gros de la capitale. Ce dernier évoque aussi un surcroît de 5 DA par kilogramme sur le sucre cristallisé et les légumes secs d’importation en vrac ou conditionnée. C’est pour dire que les consommateurs vont encore être mis à rude épreuve, car ces augmentations portent sur des produits très prisés. Il serait intéressant de savoir ce que pense l’Association de la protection et d’orientation des consommateurs et de l’environnement ( Apoce) qui dénonce une «hausse illégale» sur le marché de gros. Son président, Mustapha Zebdi, approché par nos soins, met en cause la spéculation sur la poudre de lait conditionnée, constatée sur les marchés de gros dès l’annonce de l’arrêt de son importation. «Ce qui nous intrigue le plus, c’est la hausse très importante du prix de la poudre de lait chez les grossistes à hauteur de 50%. Ce qui va rendre ce produit inaccessible pour des milliers de ménages, alors qu’il leur est parfois indispensable depuis que le lait pasteurisé en sachet subventionné se fait très rare sur les étals du commerce du détail». On apprendra enfin de Mustapha Zebdi que son Association a sollicité l’intervention des pouvoirs publics pour mettre fin à cette pratique et sanctionner les spéculateurs à l’origine de cette «hausse illégale» du prix de la poudre de lait.
Cela dit, du côté des opérateurs concernés par la mesure de gel des importations de leur matière première, «on fait avec cette mesure», tout en estimant qu’il aurait été plus logique que les décideurs «les avertissent auparavant afin de mieux se préparer à cette conjoncture», selon des membres du bureau de la Confédération interprofessionnelle des producteurs algériens (CIPA). Tandis que d’autres s’interrogent sur le bien-fondé d’une telle décision la qualifiant même «d’irréfléchie». Arguant dans ce sens, «nous avons régulièrement travaillé sur la base de disposer d’un mois de poudre de lait en stock. Et donc arrivé à la fin octobre, il ne restait plus rien des volumes emmagasinés sinon de puiser dans le dépôt de secours comme il est d’usage chez tout opérateur. Il a fallu alors réduire la cadence de nos chaînes de production avant d’apprendre la douloureuse décision de mettre à l’arrêt une d’entre elles. Une baisse d’activité qui s’est soldée par le déclin du chiffre d’affaires réalisé au mois d’octobre. Quant à celui de novembre, il a été encore plus bas», a-t-on appris. Toujours dans ce même ordre d’idées, nos locuteurs avertissent que «la tension sur la poudre de lait va non seulement persister, mais s’aggraver compte tenu de l’absence de matière chez les fabricants de fromages, yaourt, chocolatier, confiseur, etc. Et par voie de conséquence, ce sera la surenchère qui s’annonce et risque de s’installer pour longtemps par le fait que la reprise des DSI n’est prévue qu’à partir de janvier, sachant qu’entre la commande et la réception de la marchandise, il faut au minimum 3 mois».
A propos des vraies raisons de cette mesure de geler les importations de la poudre de lait, plusieurs hypothèses sont émises ici et là, mais celle qui tient la route repose sur le fait que sur les cours mondiaux des matières premières alimentaires, la poudre de lait a connu une forte ascension ces six derniers mois. Elle est, en effet, passé de 2 200 à 3 800 euros la tonne. Résultat : l’Etat ne peut plus financer des volumes aussi importants de poudre de lait importés d’autant plus que le budget annuel alloué aux besoins d’importation en produit de consommation est presque tari. Préférant donc geler les importations jusqu’ à l’entrée en vigueur de la loi des finances 2022 avec ses différents budgets alloués à chaque secteur.