Les importateurs en possession de contrat d’achat ferme, conclu avant l’arrêt des DSI, peuvent disposer de leur matière première, tandis que les importations de poudre lait sont soumises à régulation.

Par Ziad Abdelhadi
Après la mise en exécution, à partir du mois d’octobre dernier, du gel des Dérogations sanitaires d’importation (DSI) de la poudre de lait et dérivés, les entreprises concernées, notamment les grosses importatrices de ces matières premières, ont depuis adressé des doléances au ministère de l’Agriculture et du Développement rural qui, selon elles, n’ont toujours pas connues de retour d’écoute. Mais, selon des sources fiables, les services compétents en la matière, à savoir la Direction des services vétérinaires auprès du ministère, ont reçu instruction de délivrer l’autorisation d’import aux opérateurs ayant conclu un contrat d’achat avant l’entrée en vigueur du gel des DSI, mais sous condition de déposer leur certificat de domiciliation bancaire.
Certes, c’est une bouffée d’oxygène pour les sociétés qui sont dans ce cas de figure dans la mesure où leur inquiétude de se retrouver à l’arrêt est éloignée. C’est le cas de la société Bima, leader sur le marché national de la biscuiterie et de la chocolaterie. En effet, selon un cadre auprès de cette société, chargé de l’approvisionnement en matière première, et qui a tenu à garder l’anonymat, approché par Reporters : «La délivrance du certificat de domiciliation va nous permettre de réceptionner des volumes de poudre de lait dans les jours qui viennent. Un soulagement et une décision qui nous sera d’un grand secours dans la mesure où nos stocks ont diminué considérablement depuis la fin novembre. Malgré cela, l’hypothèse de réduire la cadence de nos productions s’affirme de plus en plus». Notre source rapporte à ce propos qu’«au vu de la situation de gel de DSI, et malgré sa probable levée en janvier, nous comptons rester prudents. Autrement dit, réduire quelque peu la cadence de nos chaînes de production. Et par ricochet, notre service commercial va se mettre au diapason avec cette nouvelle donne d’une offre des produits Bimo sur le marché de la consommation en léger recul».
Quant aux autres producteurs, c’est-à-dire ceux sans contrat d’achat conclu, il va leur falloir patienter, du moins jusqu’à la levée des DSI prévue, selon notre source, en janvier 2022. «Ce n’est pas pour autant que nous allons pouvoir disposer de la poudre de lait en cette période, car il faudra avec les démarches nécessaires compter les premières réceptions de matière première, au niveau de nos hangars de stockage, au moins au-delà de la mi-février prochain», précise à Reporters un responsable de la production auprès de la Sarl Parcedor, qui produit différents fromages et autre dérivés.

Pourquoi le gel des DSI ?
Notons également que certains producteurs affiliés à l’Association des producteurs de boissons (Apab) ou à la Confédération interprofessionnelle des producteurs algériens (CIPA), rencontrés par Reporters récemment, après avoir rendu publiques leurs doléances dans nos colonnes, s’interrogent «sur le bien-fondé de la mesure du gel des DSI». Une question que Reporters a soumise au ministre de l’Agriculture et du Développement rural, en marge de l’ouverture, samedi dernier, de la Conférence nationale sur la relance de l’industrie. Il expliquera que le gel a été rendu nécessaire à l’effet de savoir avec exactitude les besoins réels des producteurs en poudre de lait et dérivés. «Nous allons dans cette perspective établir un fichier pour chaque importateur, où seront transcrits sa capacité de production et ses besoins d’importation en conséquence». Abondant dans ce sens, il a révélé que cette mesure répond à l’exigence de réguler notamment les importations de la poudre de lait. Autrement dit, «importer le strict nécessaire sans plus». Une approche que l’on peut approuver dans le sens où il a été décelé maintes fois des dérives dans l’utilisation finale de la poudre de lait.
Ce qui laisse dire que les volumes ramenés dépassent effectivement les besoins du pays en la matière. En clair, cette mesure de gel des DSI est beaucoup plus une démarche qui vise à réguler dorénavant les importations de poudre de lait, ne serait-ce que pour limiter la facture annuelle des achats à l’import. Une décision qui intervient au moment où les cours mondiaux en la matière sont passés, en l’espace de quinze mois, de 2 200 à 3 800 euros la tonne. Et quand on apprend du Centre national de l’informatique et des statistiques (CNIS), rattaché aux Douanes algériennes, que le volume d’importation en poudre de lait s’est élevé à 400 000 tonnes, en 2020, et à 100 000 tonnes au premier semestre 2021, on déduit facilement que cela pèse sur le budget de l’Etat.