Malgré l’affirmation, hier, de Imad Idres, directeur des services vétérinaires au ministère de l’Agriculture et du Développement rural, de la levée du gel des importations de la poudre de lait depuis la semaine passée, les opérateurs attendent aujourd’hui lundi pour savoir si le gel est réellement levé.

Par Siham Bounabi
Annoncé pour le 22 décembre dernier, tous les opérateurs qui s’étaient déplacés à la direction concernée par la délivrance des Dérogations sanitaires d’importation (DSI) au niveau du ministère sont revenus les mains vides car le précieux sésame pour l’importation de la poudre de lait était toujours bloqué.
Lors de son passage, hier, sur les ondes de la Chaîne III de la Radio algérienne, le directeur des services vétérinaires au ministère de l’Agriculture, a justifié ce gel, de quatre mois, par le fait que cela a permis de « mettre à jour le fichier des importateurs et de créer une plateforme pour recevoir leurs dossiers et établir les dérogations d’importation le jour-même », ajoutant que cet arrêt a également permis d’« améliorer la traçabilité dans la filière ».
« Cette mesure a permis d’établir la traçabilité de la poudre de lait importée, car actuellement il y a 3 catégories d’importateurs. D’abord, l’Onil qui approvisionne quelque 130 laiteries privées et les 15 laiteries publiques du Groupe Giplait, il y a ensuite les importateurs transformateurs, puis les importateurs revendeurs ». Il énonce ainsi que « l’Algérie a importé entre 400 et 500 000 tonnes de poudre de lait, en 2020, pour une facture de 1,200 milliard de dollars. Les importations de l’ONIL couvrent près de 48% de cette quantité. Le reste est réparti entre les importateurs transformateurs et les importateurs revendeurs ».
L’argument de la traçabilité de l’importation de la poudre de lait avait déjà été présenté la semaine passée par le ministre de l’Agriculture et qui avait fait réagir les opérateurs qui estimaient que d’autres mesures existent pour effectuer ce genre d’inventaire sans mettre en péril toute une industrie.
En effet, selon différentes déclarations, la plateforme existait déjà puisque les demandes de DSI se font par internet et donc par le biais de cette plateforme. De même, concernant la traçabilité dans la filière, les opérateurs rappellent que la poudre de lait ne peut être importée sans DSI qui est délivrée par le ministère de l’Agriculture, et ce même ministère a donc toutes les informations à la source concernant tous les détails de cette importation.
De plus, en cas de suspicion, il existe une brigade mixte, qui regroupe le ministère de l’Agriculture, celui des Finances et celui du Commerce, qui fait office d’institution puisqu’elle a été créée par un décret de loi et qui a toutes les prérogatives légales de faire l’inventaire des stocks ou de contrôler la traçabilité des importations de poudre de lait sans pour cela recourir à bloquer toute une économie, ont dénoncé les opérateurs. Ce blocage a eu un impact sur le rythme de production des grands groupes de la filière lait qui ont réussi plus ou moins à encaisser le coup, mais cela a laminé les petits producteurs dont certains ont été contraints d’arrêter leur activité faute de matière première.

La traçabilité n’est pas un argument
Le responsable du ministère de l’Agriculture a également souligné que durant la période du gel, « plusieurs quantités de poudre de lait qui étaient en souffrance au niveau du port et qui occasionnaient des surestaries au Trésor public ont été débloquées et mises sur le marché ». Réagissant à cette déclaration, plusieurs opérateurs affirment que leurs marchandises sont toujours bloquées au port et alors que d’autres ont dû annuler leurs contrats justement pour que la marchandise ne soit pas bloquée et dépasse les délais requis par la législation algérienne, en plus de payer les frais du blocage des marchandises au niveau du port.
Par ailleurs, se voulant rassurant, l’intervenant sur les ondes de la Radio nationale a également affirmé que « le gel n’a jamais touché l’Office national interprofessionnel du lait (Onil) qui n’a pas arrêté les importations, il n’y a donc pas de manque sur le marché ».
Pour rappel, les appels d’alertes au gouvernement et à l’opinion publique, lancés par les organisations nationales des producteurs et industriels, qui ont dénoncé à maintes reprises le gel des Dérogations sanitaires d’importation (DSI) de lait en poudre et son impact sur la disponibilité de lait UHT et des produits laitiers, comme les yaourts et les fromages, ont toujours mis en relief que l’Onil n’était pas concerné par ce gel et couvre moins de 50% du marché. Il ne pouvait répondre à la demande du consommateur algérien et les tensions se faisaient déjà sentir sur certains produits en plus de la flambée des prix à cause de la loi de l’offre et de la demande et de la rareté de la matière première.
Par ailleurs, concernant la production du lait cru, le responsable du ministère de l’Agriculture a souligné qu’avec les mécanismes d’incitation aux producteurs de lait cru, « la part de la collecte de ce produit a atteint 800 millions de litres ». Il annonce qu’à travers sa nouvelle politique, « le ministère de l’Agriculture compte encourager davantage la collecte de lait cru et sa transformation, car la production annuelle est estimée à 3,5 milliards de litres ».
Les opérateurs économiques de la filière tiennent à rappeler que les producteurs et les industriels de la filière lait ont investi auprès des fermiers et des éleveurs afin de financer l’acquisition de vaches laitières au profit des éleveurs, ainsi que le soutien dans le circuit de la collecte de lait cru pour son intégration dans la production.
Finalement, malgré les explications du responsable du ministère de l’Agriculture et directeur des services vétérinaires au ministère de l’Agriculture et du Développement rural, les opérateurs économiques de la filière lait insistent que cette décision « purement bureaucratique » a déstabilisé tout un secteur économique, avec des tensions sur la disponibilité du lait UHT et des produits laitiers sur le marché, mettant des usines à l’arrêt et plusieurs centaines d’employés sont toujours au chômage technique.