Par Feriel Nourine
Le projet du gazoduc Trans-Saharan Gas-Pipeline (TSGP), devant acheminer du gaz naturel à partir du Nigeria vers l’Europe en passant par le Niger et les installations de l’Algérie, atteint une nouvelle étape de discussions. Une réunion tripartite Algérie-Niger-Nigéria consacrée à ce dossier s’est tenue hier dans la capitale nigériane, regroupant les ministres de l’Energie des trois pays. Un rendez-vous qui s’inscrit dans le cadre de «la reprise des discussions au sujet du projet du Gazoduc Transsaharien (TSGP)», a indiqué un communiqué du ministère de l’Energie et des Mines, ajoutant que les ministres examineront «l’état d’avancement des décisions prises lors de la précédente réunion et les prochaines étapes devant aboutir à la réalisation du projet».
Même s’il n’est encore qu’au stade des discussions, le projet TSGP ne peut sans doute pas échapper à une vision qui l’intégrerait inévitablement dans la configuration nouvelle du marché mondial du gaz, lequel impose à de nombreux pays, notamment ceux de l’Europe, de quêter les opportunités d’alternative au gaz russe.
En ce sens, les trois partenaires dans le TSGP doivent donner une nouvelle impulsion aux discussions et dégager les voies de sa concrétisation, notamment en matière de son financement du projet. Ceci d’autant que ce projet commence à prendre réellement forme depuis février dernier, à la faveur de la signature d’une déclaration commune, à Niamey, en février dernier, consacrée à la mise en place d’une feuille de route, qui s’inscrit en droite ligne dans le processus d’accélération de ce projet qui peut fournir jusqu’à 30 milliards m3 de gaz par an, selon la partie nigériane.
Le ministre d’Etat des ressources pétrolières du Nigeria, Timipre Sylva, avait assuré que son pays va lancer la construction de la partie majeure du gazoduc transsaharien (614 km) qui se trouve sur son territoire.
«A partir d’aujourd’hui, nous prenons l’engagement de construire notre partie du gazoduc qui va jusqu’à Kano, à la frontière avec le Niger, et permettre au gazoduc de continuer sur le Niger et atteindre l’Algérie. Je suis ravi de voir que mes frères des autres pays sont aussi engagés dans ce projet», avait déclaré le ministre d’Etat des ressources pétrolières du Nigeria, Timipre Sylva, à la presse locale après la signature de la déclaration commune.
De son côté, M. Arkab avait réitéré l’attachement de l’Algérie à l’aboutissement de ce gazoduc et sa disponibilité à mobiliser «tous les moyens» pour réussir ce projet, tandis que le ministre du Pétrole, de l’énergie et des énergies renouvelables du Niger s’était félicité des engagements pris par chacune des parties, pour relancer ce «grand projet» en réaffirmant «la volonté du Niger d’y contribuer significativement».
Pour l’Algérie, ce projet d’infrastructure énergétique revêt un caractère hautement important, et pourrait, en cas de réalisation, faire du transport une nouvelle source de revenu qui s’ajouterait à ses gains en matière de vente de gaz.
Dans ce volet, le TSGP pourra compter sur les opportunités offertes par Sonatrach en termes d’infrastructures, notamment le réseau de transports, les groupes de gaz naturel liquéfié (GNL) et les infrastructures de pétrochimie ainsi que la position géographique proche des marchés de gaz.
A propos de ces opportunités, l’expert pétrolier Mourad Preure affirme que le TSGP «aura pour terminal, en toute logique, Hassi Rmel d’où partent autant les gazoducs transcontinentaux algériens vers l’Espagne, le Portugal et l’Italie, mais aussi les unités de liquéfaction d’Arzew et Skikda».
«Toutes ces facilités sont là et ne nécessitent, dans le meilleur des cas, que des investissements additionnels relativement faciles à amortir», a-t-il expliqué, notant que l’Algérie est dans «une perspective forte, aux implications multidimensionnelles avantageuses» pour les pays de la région, mais aussi «moins coûteuse en investissement et en temps».
Le coût d’investissement de ce projet était estimé à 10 milliards de dollars, au lancement du projet en 2009. D’une longueur de 4.128 km, dont 1.037 km en territoire nigérian, 841 km au Niger et 2.310 km en Algérie, il reliera les champs gaziers du Nigeria (à partir de Wari sur le fleuve du Niger) à la frontière algérienne, pour se raccorder au réseau algérien et écouler la production gazière du Nigeria en Europe.
Il permettra aussi d’alimenter sur son passage des régions du Nord, du Nord-est et du Centre du Nigeria ainsi que des pays du Sahel, comme le Niger, le Burkina- Faso et le Mali.
Le Pdg du groupe énergétique national, Toufik Kakkar, a déjà fait savoir que l’étude de faisabilité du projet est terminée et soumise aux entreprises des deux pays africains. n