Effet géopolitique ou fin de cycle dans l’histoire de la coopération énergétique au Maghreb désormais marqué par la rupture des relations entre l’Algérie et le Maroc, Alger confirme sa décision de fermer le robinet du gazoduc Maghreb-Europe (GME). Pour approvisionner le marché espagnol, Sonatrach continuera d’utiliser son pipe-line sous-marin Medgaz. Ses méthaniers seront également de la partie.

Par Hakim Ould Mohamed
C’est décidé, l’Algérie cessera de fournir du gaz naturel à l’Espagne via le gazoduc Maghreb-Europe à partir du 1er novembre. L’information a été rapportée, hier, par l’agence britannique Reuters, qui cite trois sources ayant une connaissance directe du dossier. Dit autrement, le gazoduc Maghreb-Europe, d’une capacité annuelle de 13,5 milliards de mètres cubes, reliant l’Algérie à l’Espagne via le Maroc, ne sera plus en service et l’Algérie continuera à approvisionner ses clients de la péninsule Ibérique via le gazoduc sous-marin Medgaz.
En plus des 8 milliards de mètres cubes par an qui permettent à l’Algérie de couvrir une partie des besoins de ses clients espagnols et portugais, le pays approvisionnera également ses clients au moyen de méthaniers mobilisés par le groupe Sonatrach. L’Algérie a eu à rassurer, tantôt par la voix de son ministre des Affaires étrangères, tantôt par le biais des responsables du secteur de l’énergie, quant à son engagement à honorer ses contrats avec ses clients espagnols en matière d’approvisionnement en gaz naturel. Les analystes, à l’instar de Francis Perrin, qui s’est exprimé, hier, sur «Liberté», ont estimé que l’Algérie est en mesure de remplir ses engagements avec l’Espagne à travers l’extension de la capacité du gazoduc Medgaz. Ceci en plus de la possibilité de renforcer les approvisionnements du Medgaz au moyen de la flotte de méthaniers dont dispose Sonatrach. L’Algérie, qui a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, a fait allusion en août dernier à la possibilité de mettre fin en octobre aux exportations de gaz naturel à destination de l’Espagne via le Maroc.
Il s’agit aussi de cesser la fourniture du gaz au royaume chérifien, dont le volume annuel est d’un milliard de mètres cubes. Cette quantité de gaz algérien vendu au Maroc au bas prix est recyclée dans la production de l’électricité et assure une couverture de 10% des besoins du royaume en électricité. Après plusieurs jours de doutes, l’Algérie décide de ne pas renouveler son accord d’approvisionnement conclu avec le Maroc, à en croire une source de Sonatrach et deux sources du gouvernement citées par l’agence Reuters. Il était pour le moins peu évident que le contrat de fourniture de gaz au Maroc puisse survivre à la crise diplomatique entre l’Algérie et le Maroc ; les deux pays suspendant leurs relations diplomatiques après que le Maroc ait été pris en flagrant délit d’espionnage et de jeux politiques contraires aux intérêts de l’Algérie.

Les méthaniers de Sonatrach en renfort
La suspension des relations diplomatiques entre les deux pays a alimenté les craintes d’un quelconque déficit d’approvisionnement de l’Espagne en gaz algérien. L’Espagne a aussitôt dépêché ses émissaires sur Alger, conduits par le ministre des Affaires étrangères, qui, à l’issue de leurs entretiens avec les responsables algériens, sont repartis rassurés quant à l’engagement de l’Algérie d’honorer ses contrats avec les deux pays de la péninsule Ibérique, l’Espagne et le Portugal. L’Algérie est le plus grand fournisseur de gaz de l’Espagne, couvrant près de la moitié de sa demande de gaz via le gazoduc Maghreb-Europe. Les autorités algériennes ont indiqué qu’en cas de perturbation sur l’alimentation de l’Espagne via le Medgaz, étant donné que les projets d’extension sont toujours en cours, l’Algérie fera appel à des navires pour transporter du gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Espagne. En plus de la flotte de méthaniers dont elle dispose, la compagnie publique des hydrocarbures devrait avoir recours à l’affrètement d’autres navires afin de pouvoir atteindre le volume expédié annuellement à destination du royaume ibérique, en attendant que le pays parachève ses projets d’extension du Medgaz, dont la capacité annuelle se limite actuellement à 8 milliards de mètres cubes par an. Le mois dernier, le groupe Sonatrach a annoncé qu’il travaille d’arrache-pied afin d’augmenter la capacité du gazoduc Medgaz vers l’Espagne à 10,5 milliards de mètres cubes par an d’ici fin novembre. Les livraisons de l’Algérie à l’Espagne augmenteront après l’achèvement d’une quatrième unité de pression de gaz dans les installations Medgaz de Sonatrach implantées dans la ville de Beni Saf, a déclaré Sonatrach dans un communiqué plus tôt cette année. La compagnie publique des hydrocarbures a annoncé que ses travaux d’extension des capacités du Medgaz pourraient être achevés d’ici la fin novembre. L’Algérie vient ainsi statuer définitivement sur l’avenir du gazoduc Maghreb-Europe, en suspendant les livraisons de gaz à l’Espagne via le Maroc ainsi que les exportations de son gaz à destination du Maroc. Cette décision devrait infliger d’importantes pertes au Maroc. Le royaume chérifien encaisse annuellement environ 700.000 dollars comme droits de passage du gazoduc Maghreb-Europe sur son sol et un milliard de mètres cubes par an de gaz qui permet de produire 10% de ses besoins en électricité.