Le Gazoduc devant relier le Nigéria à l’Alger via le Niger – 4100 km – pour approvisionner le marché européen est plus que jamais à l’ordre du jour. Le Trans-Saharan Gas-Pipeline (TSGP) a, en effet, fait l’objet des discussions qui ont eu lieu hier à Alger entre le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra et son homologue nigérian Geoffrey Onyeama. Les deux ministres ont réaffirmé «l’engagement» de leurs deux pays «à réaliser les projets structurants initiés conjointement dans le domaine économique, notamment le gazoduc Alger-Lagos, la route transsaharienne et la dorsale à fibre optique». Le TSGP est en concurrence avec le NMPG, le projet de Gazoduc Nigeria-Maroc qui court sur une distance de 5600 km et est considéré moins avantageux.

Par Feriel Nourine
Il ne se passe pas une occasion de rencontres et de consultations régulières entre de hauts responsables algériens et nigérians sans que le projet du gazoduc Trans-saharan Gas-Pipeline (TSGP) ne soit abordé par ces derniers et cité parmi les objectifs stratégiques que les deux pays ont inscrits dans le cadre des relations stratégiques entre les deux pays.
Le visite effectuée en Algérie par le ministre nigérian des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama, aura été, en ce sens, une nouvelle occasion d’évoquer ce dossier, et de réitérer l’engagement de l’Algérie et du Nigeria à mener jusqu’au bout le Transsaharien, qui reliera le Nigeria à l’Algérie, en passant par le Niger, pour approvisionner l’Europe en gaz.
En effet, lors de l’entretien qu’a eu hier le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, avec son homologue nigérian, les deux chefs de la diplomatie ont réaffirmé «l’engagement des deux pays à réaliser les projets structurants initiés conjointement dans le domaine économique, notamment le gazoduc Alger-Lagos, la route transsaharienne et la dorsale à fibre optique», indique un communiqué du ministère.
Il y a quelques semaines, la nouvelle ambassadrice du Nigeria en Algérie, Aisha Mohammed Garba, avait indiqué avoir abordé les grands projets algéro-nigérians avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. «Nous avons réitéré l’engagement du Nigeria dans ses projets avec l’Algérie», avait indiqué Mme Garba, après sa réception par le Président, à qui elle venait de remettre ses lettres de créances l’accréditant en qualité de nouvel ambassadeur de la République fédérale du Nigeria en Algérie.
«Nos deux pays sont liés par de nombreux accords bilatéraux et multilatéraux, dont les plus importants sont la route transsaharienne, le gazoduc et le projet de liaison par fibre optique», a-t-elle cité, notant une nouvelle fois que «la concrétisation de ces projets ouvrira de nouveaux horizons économiques qui créeront des opportunités d’emploi non seulement aux pays impliqués dans les projets, mais aussi à de nombreux pays africains voisins».
L’Algérie et Nigeria tiennent donc à leur mégaprojet de gazoduc à multiples dividendes socio-économiques pour les deux pays mais aussi de nombreux autres pays africains que cette infrastructure traversera.
Au moment où le Maroc se déploie pour faire valoir un autre projet gazier avec le Nigeria, dans le même objectif d’approvisionner le continent européen, le Transsaharien avance et se dirige vers la concrétisation, offrant des avantages en matière de coût, de réalisation et de sécurité, selon l’avis des experts. Il avance depuis notamment le 28 juillet dernier, lorsque les concertations de plusieurs mois entre l’Algérie, le Niger et le Nigeria s’étaient soldées par la signature, à Alger, d’un mémorandum d’entente pour atteindre cette concrétisation et permettre à la mégastructure de 4 000 km de se réaliser.
C’est cela l’engagement dont il est question, manifesté dans un document signé dans la capitale algérienne à «aller de l’avant» dans la réalisation du TSGP, avait indiqué le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, expliquant que cette étape dans la gestion du projet signifie la poursuite de la mise en œuvre de tous les programmes tracés pour sa réalisation, notamment l’élaboration des études et des différents aspects liés à la réalisation, a-t-il dit. Il a ajouté que «les trois pays ont convenu de faire aboutir le projet dans un court délai».
Estimé à 10 milliards de dollars à son lancement en 2009, le coût d’investissement de ce projet est passé à 13 mds US. D’une longueur de 4 128 km, dont 1 037 km en territoire nigérian, 841 km au Niger et 2 310 km en Algérie, il reliera les champs gaziers du Nigeria (à partir de Wari sur le fleuve du Niger) à la frontière algérienne, pour se raccorder au réseau algérien et écouler la production gazière du Nigeria en Europe. Celle-ci est estimée à 30 milliards de mètres cubes dans une première étape.
La réactivation du TGSP intervient dans une conjoncture de marché énergétique mondial qui favorise amplement ce type d’opération offrant une alternative au gaz russe pour des pays européens qui ne veulent plus en dépendre. Autrement dit, sa concrétisation permettra de générer des gains financiers conséquents pour les trois pays que sont l’Algérie, le Nigeria et le Niger, mais aussi de provoquer un sursaut économique dans d’autres pays du continent, notamment ceux dont le territoire sera traversé par ce gazoduc.
Côté financement du mégaprojet, le ministre nigérian des Ressources pétrolières, Timipre Sylva, avait fait une déclaration en septembre dernier, indiquant que «le Nigeria prendra bientôt la décision finale sur l’investissement pour construire l’infrastructure». M Sylva s’exprimait à l’occasion de la Conférence de Gastech, à Milan (Italie), et sa déclaration visait à rassurer l’Union européenne qui a sollicité à plusieurs reprises le Nigeria face au risque d’une rupture des approvisionnements russes en gaz.
De son côté, l’Algérie est prête à assumer pleinement le financement de la partie du gazoduc qui passe par son territoire. Mieux, la mégastructure pourra compter sur les opportunités offertes par Sonatrach en termes d’infrastructures, notamment le réseau de transports, les groupes de gaz naturel liquéfié (GNL) et les infrastructures de pétrochimie ainsi que la position géographique proche des marchés de gaz, a-t-on régulièrement assuré du côté algérien. n