Les frappes israéliennes contre Gaza ont fait hier une quarantaine de victimes palestiniennes, le bilan le plus lourd depuis le début du pilonnage de l’enclave palestinienne. Ces opérations ainsi que les développements sur le terrain depuis le 10 mai dernier ont semblé réanimer l’initiative diplomatique internationale et ont été au centre d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies et d’une autre, à la condamnation plus ferme, des pays de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI).

Par Anis Remane
Une session au cours de laquelle on a pu entendre des déclarations de condamnation claire des opérations militaires israéliennes d’envergure contre l’enclave et des mots dont ceux de la représentante des Etats-Unis se contentant d’appeler à la désescalade, et adressant un appel à la résistance palestinienne, mise au même rang de l’armada israélienne, de cesser ses tirs de roquettes sur Israël.
Entre les unes et les autres, il s’est imposé la certitude que les «affrontements» entre la surpuissante armée israélienne et les groupes armés palestiniens à Gaza, un massacre à vrai dire et que payent les civils dont des enfants, sont en train de libérer l’initiative politique et diplomatique à grande échelle.
Le marqueur de cette dynamique, hier, a été bien sûr la réunion du Conseil de sécurité de l’Onu. Une occasion pour son secrétaire général, Antonio Guterres, d’appeler à «cesser immédiatement» les hostilités au risque de «déclencher une crise sécuritaire et humanitaire incontrôlable» dans la région.
«Le carnage a continué aujourd’hui. Ce cycle insensé d’effusion de sang, de terreur et de destruction doit cesser immédiatement», a insisté le chef de l’ONU alors que la réunion comité exécutif de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), à laquelle a pris part hier le chef de la diplomatie Sabri Boukadoum, s’est terminée par une «condamnation des agressions abjectes commises par les forces d’occupation contre le peuple palestinien».
En attendant le tour de table que feront aujourd’hui les Etats membres de l’Union européenne (UE), les idées forces qui ont apparu lors de la réunion du Conseil de sécurité et du Comité exécutif de l’OCI plaident la nécessité de relancer le processus de négociation israélo-palestinien pour le respect des «droits légitimes» des Palestiniens et la solution des deux Etats.
Un dessein certes louable, inscrit depuis 30 ans au moins, au programme onusien visant à régler le conflit israélo-palestinien et la question de l’annexion par l’Etat hébreu des territoires palestiniens, mais qui relève chaque année du vœu pieu, voire de la rouerie. Depuis des années, la politique d’Israël d’accaparer les territoires et les terres israélienne est devenue plus agressive, davantage sous le mandat de Donald Trump à la tête de l’administration américaine, son grand et puissant soutien stratégique.
En témoigne l’exemple des familles palestiniennes que l’administration israélienne veut chasser de leurs maisons du quartier de Cheikh Djarrah à Jérusalem-Est où a eu lieu hier une attaque désespérée à la voiture-bélier, blessant des policiers israéliens, et d’où est partie l’étincelle du feu qui brûle aujourd’hui Gaza.
Hier, l’enclave palestinienne a été bombardée sans relâche, un pilonnage incessant qui a fait plusieurs dizaines de victimes, plus d’une quarantaine, dont des enfants et fait du bilan de la journée de dimanche le plus lourd depuis le début des violences le 10 mai. A ce sujet, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, a accusé hier Israël de «crimes de guerre» devant le Conseil de sécurité de l’ONU, en dénonçant «l’agression» d’Israël contre «le peuple palestinien» et ses «lieux saints». «Certains ne veulent pas utiliser ces mots – crimes de guerre et crimes contre l’humanité – mais ils savent que c’est la vérité», a-t-il dit lors de la réunion du Conseil de sécurité.

«Crimes de guerre»
«Israël est impitoyable et implacable dans la poursuite de sa politique coloniale», a-t-il dit, en réclamant au Conseil de sécurité «d’agir pour mettre un terme à l’attaque» d’Israël contre les Palestiniens. «Combien faudra-t-il de morts palestiniens avant une condamnation?», a-t-il aussi demandé alors que les Etats-Unis ont refusé par deux fois depuis une semaine un texte appelant à la fin frappes, proposé par la Tunisie, la Norvège et la Chine. «A partir de quel seuil vous scandalisez-vous?», a aussi lancé le ministre palestinien qui a également pris aux travaux de l’Organisation de coopération islamique ( OCI) (lire encadré) .
Selon un bilan provisoire fourni par le ministère de la Santé à Gaza, au moins 202 Palestiniens ont été tués, et 5.588 blessés dans la bande de Gaza et la Cisjordanie occupée. Dans un communiqué, relayé par l’agence palestinienne de presse, WAFA, le ministère a indiqué que 181 personnes ont été tuées à Gaza, dont 52 enfants et 31 femmes, et 21 autres en Cisjordanie occupée, dont un enfant. Selon la même source, 1.225 Palestiniens ont été blessés dans des bombardements israéliens depuis une semaine contre l’enclave palestinienne, tandis que 4.363 autres ont été blessés en Cisjordanie occupée, lors d’agressions perpétrées par des colons juifs et les forces d’occupation israéliennes. La police d’occupation a également arrêté plus de 30 palestiniens à Jérusalem occupée et dans les territoires de 1948, ce qui porte à 1.000 le bilan des arrestations à dans la ville sainte depuis le début des agressions israéliennes durant le mois de ramadan.
Depuis le 10 mai, les groupes armés de la résistance palestinienne à Gaza ont tiré plus de 3.000 roquettes vers Israël depuis le début de ces hostilités, le rythme le plus élevé de projectiles jamais tirés sur le sol israélien, a indiqué dimanche l’armée israélienne, soulignant qu’une grande partie avait été interceptée par son système anti-missile.
En ce qui concerne les tractations de l’administration américaine de Joe Biden et de sa diplomatie qui semblent totalement alignées sur les thèses et les intérêts israéliens, une délégation conduite par l’envoyé spécial Hady Amr, a rencontré hier le ministre de la Défense israélien Benny Gantz. Ce dernier a écrit sur Twitter avoir exprimé sa «profonde reconnaissance pour le soutien américain au droit et au devoir d’Israël de se défendre contre les attaques terroristes». «Contrairement à nos ennemis, nous faisons attention à attaquer uniquement des cibles militaires», a-t-il ajouté.