Par Hamid Bellagha
Les données satellitaires de l’année 2020 nous renseignent que la Russie, l’Iraq, l’Iran, les Etats-Unis, le Venezuela, le Nigeria et l’Algérie sont toujours en tête du classement des pays émetteurs de gaz torchés pour la neuvième année consécutive.
Ces pays symbolisent 40 % de la production annuelle de pétrole, mais sont en même temps responsables de près des deux-tiers du volume mondial de gaz torchés (65 %). Des pertes d’énergie qui suffiraient à alimenter l’Afrique subsaharienne en électricité. C’est donc un défi qui doit être relevé par les pays «coupables» de produire du gaz torché.
Il faut savoir qu’en 2020, année catastrophique sans pareil pour le secteur pétrolier et gazier, la production pétrolière a baissé de 8 %, passant de 82 millions de barils par jour, en 2019, à 76 millions tandis que celle du gaz torché baissait de 5 %, déclinant de 150 milliards de mètres cubes en 2019 à 142 milliards en 2020.
La pratique du brûlage du gaz naturel est le résultat de plusieurs contraintes faisant partie de difficultés économiques, mais aussi à l’absence de réglementations appropriées, mais et surtout de volonté politique. Le résultat sera l’émission d’une foultitude de polluants dans l’atmosphère, y compris du dioxyde de carbone, du noir de carbone, et surtout du méthane qui contribue au réchauffement de la planète, avec des effets au moins 80 fois plus puissants que ceux du dioxyde de carbone, par exemple.
Si Demetrios Papathanasiou, directeur au pôle Energie et Industries extractives de la Banque mondiale, reste compréhensif sur le fait que les pays producteurs de ce genre de gaz ressentent les effets de la pandémie de la Covid-19 sur leurs économies, il affirme, par contre, que «le torchage générant toujours plus de 400 millions de tonnes d’équivalents d’émissions de dioxyde de carbone chaque année, le moment est venu d’agir. Nous devons poursuivre la mise en œuvre des programmes visant à réduire considérablement les émissions directes issues du secteur pétrolier et gazier, notamment du torchage».
Pour cela, l’instrument approprié, pour le moment reste le Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés (GGFR), un fonds fiduciaire managé par la Banque mondiale qui rassemble des Etats, des compagnies pétrolières et des institutions internationales aux fins d’éliminer systématiquement le torchage du gaz sur les sites de production pétrolière.
Le responsable du GGFR, Zubin Bamji, aussi pragmatique que possible, et en prévision de la prochaine Conférence des Nations unies sur le changement climatique à Glasgow, estime que « le brûlage des gaz à la torche apparaît comme un grave problème pour le climat et la gestion des ressources. Près de 80 pays et compagnies pétrolières se sont engagés à ne pas recourir au torchage de routine pendant la décennie à venir, et certains ont également rejoint notre partenariat mondial, ce qui constitue une évolution très positive. Les projets de réduction du torchage exigent des investissements substantiels, mais donnent des résultats après plusieurs années. Nous continuons d’inviter les dirigeants des pays producteurs de pétrole et des compagnies pétrolières à mettre la réduction des gaz torchés au centre de leurs plans d’action pour le climat. Pour préserver la planète de millions de tonnes d’émissions chaque année, il est temps de mettre fin à cette pratique vieille de 160 ans».
Il reste que le problème des gaz de torche, même s’il dure depuis presque cent ans, s’invite encore aux tables des discussions sur le réchauffement climatique. n