Par Feriel Nourine
Les volumes de gaz russe acheminés vers l’Europe, à travers le territoire ukrainien, sont en train de diminuer. C’est ce qu’a annoncé, mardi, le gestionnaire du réseau de transport de gaz ukrainien (GTSOU), imputant cette situation aux combats qui ont lieu dans l’est de l’Ukraine et empêchent les infrastructures gazières de fonctionner correctement.
Selon GTSOU, la présence des forces russes près des installations de Sokhranivka et Novopskov, dans la région de Lougansk, ne permettait pas d’assurer le flot habituel de gaz, exigeant le transfert de ces volumes vers un autre point de passage, à Soudja. En ce sens, l’opérateur a déclaré qu’il pourrait rediriger le gaz via le point d’interconnexion de Soudja, contrôlé par l’Ukraine. Il a publié hier matin des chiffres indiquant que les volumes passant par Sokhranivka sont tombés à zéro, alors que ceux de Soudja sont prévus en hausse mais pas suffisamment pour compenser la baisse.
Le transfert demandé par l’Ukraine est une opération «techniquement impossible», a répondu le groupe russe Gazprom, lequel a démenti tout cas de «force majeure». Si l’on se tient à la version de Gazprom, l’alimentation en gaz russe de l’Europe risque de connaître de grosses perturbations et verrait les pays concernés perdre de gros volumes destinés à leur consommation. Celle-ci dépend grandement des livraisons en provenance de la Russie, soit un taux de 47%. Si une alternative n’est pas trouvée sur le territoire ukrainien, considéré comme une importante voie de transit du gaz russe vers l’Europe, la baisse de gaz vers le Vieux continent sera énorme. Hier, les livraisons étaient estimées par GTSOU à 72 millions de mètres cubes de gaz contre 88 millions de m3 la veille, soit un recul de près de 18%. Environ 33 millions de m3 passent par Sokhranivka.
A noter que les contrats à terme sur le gaz européen ont bondi de plus de 8 % suite à l’avertissement de l’Ukraine. Ainsi, l’Europe, notamment celle des 27 pays membres de l’UE, continue à subir la tourmente des livraisons de gaz russe. Son projet d’embargo sur l’énergie russe reste toujours au stade de menaces difficiles, voire impossibles, à exécuter selon la stratégie de l’UE. De son côté, Moscou ne reste pas les bras croisés et fait agir sa force de géant énergétique en imposant de nouvelles normes d’échanges à ses clients européens.
Sur ce registre, Gazprom avait annoncé, fin avril, avoir suspendu toutes ses livraisons de gaz vers la Bulgarie et la Pologne, après que ces deux pays membres de l’UE et de l’Otan aient refusé de payer leurs achats gaziers chez le Russie en roubles, comme l’exige Moscou en riposte aux sanctions occidentales. Un coup dur donc pour ces deux gros acheteurs de gaz russe, notamment la Bulgarie dont 90% de la consommation en cette énergie viennent de Russie.
AIE : le Brent à 107 dollars au 2e trimestre
Sur le front pétrolier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que les prix du pétrole brut Brent atteindront en moyenne 107 dollars le baril au deuxième trimestre de cette année, selon les dernières perspectives énergétiques à court terme, qu’elle a publiées mardi.
Les prix du Brent étaient en moyenne de 105 dollars le baril en avril, et l’AIE s’attend à ce que les prix chutent à 103 dollars le baril au second semestre, avant de tomber à une moyenne de 97 dollars le baril l’année prochaine, soit plus du double du prix moyen pour 2020. Cependant, l’agence a précisé que ces projections ont été faites le 5 mai, avant toute interdiction de l’UE sur les importations de pétrole russe. Si le projet de l’Union venait à être exécuté, les prix augmenteront davantage, a-t-elle averti.
Concernant le WTI, la même source estime que le prix pour l’année 2022 sera en moyenne de 98,20 dollars pour 2022.
La production de pétrole brut aux Etats-Unis atteindra en moyenne 11,9 millions de bpj en 2022, en hausse de seulement 700 000 par rapport à la moyenne de l’année dernière, prévoit encore l’AIE. L’année prochaine, cependant, cette production augmentera de manière beaucoup plus substantielle, avec une moyenne de 12,8 millions de bpj, atteignant un nouveau record, explique-t-elle.
En outre, les prévisions de l’AIE fixent la consommation mondiale de pétrole et de carburants liquides, en avril 2022, à 97,4 millions de bpj, soit une augmentation de 2,1 millions de bpj par rapport à avril 2022. La consommation de l’année en cours. n