En augmentation depuis quatre mois, les cours de ce produit énergétique restent sensibles à la guerre en Ukraine et au bras de fer économique avec la Russie. Ils évoluent dans un contexte favorable à la demande de la compagnie nationale des hydrocarbures de réviser à la hausse ses tarifs.

La pression sur l’approvisionnement gazier en Europe fait monter les prix, qui ont atteint leur niveau le plus élevé depuis quatre mois, en raison de la conjugaison de deux paramètres : les craintes d’une diminution du volume de gaz en provenance de Russie et d’une grève dans les champs gaziers norvégiens qui a pris fin hier. Sur le marché à terme néerlandais, la référence pour les prix du gaz en Europe, le prix a augmenté de plus de 2% mardi, pour atteindre 166 euros par mégawattheure.
Les prix du gaz en Europe qui n’ont cessé de croître depuis des mois avec «une nouvelle flambée, ces dernières semaines» justifient la demande de l’Algérie de réviser ses prix de vente. Les contrats conclus entre la société algérienne des hydrocarbures Sonatrach et ses clients européens prévoient que chacune des deux parties puisse avoir recours à une révision des prix en fonction de l’évolution du marché. La conjoncture actuelle est dans une phase de forte hausse des prix, les négociations sont «avancées» et devront bientôt aboutir.
Des accords entre Sonatrach et ses clients seront «prochainement annoncés» pour une révision des prix du gaz exporté par l’Algérie, a indiqué dimanche dernier le PDG du groupe Sonatrach, Toufik Hakkar, ajoutant que «la révision des prix se fait avec l’ensemble des partenaires au vu de l’augmentation des prix mondiaux du gaz, notamment au cours du dernier trimestre sur le marché spot». Un premier accord pour la révision des prix a déjà été signé entre Sonatrach et le groupe italien ENI et deux autres devront suivre avec deux autres sociétés de pays européens.
Dans ce contexte de crise gazière, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a publié un rapport sur la consommation mondiale du gaz dans lequel elle évoque un léger recul en 2022 et une flambée «inévitable» des prix, recommande l’accélération de la transition énergétique.
Face à une «flambée des prix inévitable, alors que les pays du monde entier se font concurrence pour les expéditions de gaz naturel liquéfié, la réponse la plus durable à la crise énergétique mondiale actuelle consiste à renforcer les efforts et les politiques pour utiliser l’énergie plus efficacement et accélérer les transitions vers les énergies propres, comme le biogaz, le biométhane et l’hydrogène vert, a déclaré Keisuke Sadamori, directeur des Marchés et de la Sécurité énergétique au sein de l’AIE. «Cela permettrait de calmer la flambée des prix» et «faciliterait l’accès des marchés émergents à des approvisionnements susceptibles de contribuer à court terme à une amélioration de l’intensité carbone et de la qualité de l’air», selon l’AIE. A l’inverse, l’effort grandissant de l’Europe pour éliminer le gaz russe en le remplaçant par du gaz naturel liquéfié (GNL), conjugué à une capacité mondiale «limitée» à accroître les exportations de GNL, «augmente le risque» de tensions sur le marché, selon le rapport de l’AIE.
La consommation mondiale de gaz devrait légèrement reculer en 2022 en raison du conflit armé en Ukraine, qui devrait freiner la progression de la demande pour les années à venir, a indiqué l’AIE. «La consommation mondiale de gaz naturel devrait se contracter légèrement en 2022 et croître lentement au cours des trois années suivantes, alors que la guerre en Ukraine fait grimper les prix et alimente les craintes de perturbations persistantes des approvisionnements», a écrit l’AIE dans son rapport trimestriel.
Conséquence de cette nouvelle donne géopolitique, la demande mondiale de gaz «devrait augmenter au total de 140 milliards de mètres cube (bcm) entre 2021 et 2025», soit «moins de la moitié du total prévu précédemment et moins que la progression de 170 bcm constatée pour la seule année 2021», marquée par un redémarrage de l’économie mondiale, paralysée en 2020 par la pandémie de Covid-19, selon le constat de l’Agence internationale de l’énergie qui est composée de 30 pays membres, importateurs de pétrole pour la plupart.
Ce qui lui fait dire que cela constitue «un frein pour les prochaines années», qu’elle impute «essentiellement» à la plus faible activité économique et à un moindre basculement du charbon et du pétrole vers le gaz. «Un cinquième seulement» de cette baisse de la croissance peut être attribué à une meilleure efficacité énergétique et à un remplacement du gaz par les énergies renouvelables, a estimé l’AIE. Le constat que seulement 20% de cette baisse de la croissance mondiale ont été générés par l’utilisation d’énergies autres que le gaz permet de réitérer «la nécessité d’accélérer la transition vers les énergies propres», a souligné l’AIE.