Par Feriel Nourine
Culminant à hauteur de sommets historiques depuis déjà quelques mois, les prix du gaz naturel liquéfié (GNL) poursuivent leur envolée sur le marché européen et affole aussi bien les gouvernements que les experts, ces derniers n’arrivant pas à trouver une explication.
Hier, le GNL enregistrait un nouveau record en portant son prix à 1 160 dollars pour 1 000 mètres cubes, alors que les contrats pour décembre affichaient la même quantité pour 1 168 dollars. Cette nouvelle est intervenue après la décision prise mardi par l’Autorité allemande de régulation de l’énergie de suspendre le processus d’approbation du nouveau gazoduc Nord Stream 2, qui doit acheminer du gaz russe vers l’Europe, en particulier l’Allemagne, via la mer Baltique. Le régulateur impose au consortium basé en Suisse, et à l’origine de ce long tuyau sous-marin, de créer une société de droit allemand pour obtenir une licence d’exploitation. Si ces conditions sont remplies, les contrats seront examinés par les services compétents allemands. Une très mauvaise nouvelle pour la Russie, en sa qualité de premier gazoduc freiné. « Tout retard dans la certification, a fortiori à la veille de l’hiver, n’est pas dans l’intérêt de l’Union européenne », a déclaré Konstantin Kosachyov, vice-président de la Douma.
Les cours du gaz en Europe n’arrivent donc pas à s’arrêter, collectionnant les hausses qui donnent aujourd’hui un taux de progression dépassant les 500% sur un an. Les producteurs d’électricité ne peuvent qu’un recours partiel au charbon, mais cette matière connaît, elle aussi, une poussée vertigineuse de prix. L’inquiétude des pays consommateurs augmente systématiquement, d’autant que la demande connaît un rebond en cette période, sous l’effet du retour du froid mais aussi d’une situation sanitaire moins préoccupante.
De leur côté, les pays producteurs de GNL multiplient les interventions pour rassurer leurs clients sur le respect de leurs engagements en matière d’approvisionnement, tout en faisant la promotion de la démarche idoine qui empêcherait les prix d’augmenter au rythme actuel, notamment en ce qui concerne le rôle des contrats gaziers à long terme et la tarification basée sur l’indexation.
La 23e session du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), tenue mardi à Abu Dhabi par visioconférence, a d’ailleurs été une opportunité pour les membres du forum de rebondir sur ce dossier brûlant et de mettre en place ces paramètres. Les membres du GECF ont, certes, noté que les prix élevés du gaz n’étaient pas dans l’intérêt des pays producteurs ou des consommateurs, mais ils ont, à l’occasion, réitéré «le rôle fondamental des contrats gaziers à long terme et de la tarification du gaz basée sur l’indexation du pétrole pour garantir des investissements stables dans le développement des ressources en gaz naturel», indique un communiqué sanctionnant les travaux de cette session.
Les pays du GECF conservent néanmoins leur optimisme intact sur les perspectives du secteur gazier, en dépit des bouleversements que traversent depuis un moment les marchés de l’énergie. Pour eux, le gaz naturel sera bel et bien le premier combustible fossile dans le monde d’ici 2050 et devra augmenter sa part de 23% actuellement à 27%, précise-t-on dans le communiqué. En ce sens, ils ont salué également l’intérêt accru pour le gaz naturel lors de la COP26, qui s’est récemment terminée, où plusieurs dirigeants mondiaux ont soutenu le gaz comme étant «le signe avant-gardiste du développement économique et durable». Par conséquent, les mêmes pays ont plaidé pour davantage d’investissements dans le gaz naturel comme un marché abondant et bon, pour atteindre l’égalité énergétique pour toutes les parties du monde de manière durable.
Pour sa part, le ministre de l’Energie et des Mines a réitéré l’engagement de l’Algérie à respecter ses promesses de fourniture de GNL à tous ses clients européens. Intervenant en marge de la réunion, il a également insisté sur la disponibilité de Sonatrach à répondre, si besoin est, à des demandes complémentaires.
Lors de cette 23e session, les ministres ont reçu un aperçu de l’édition 2021 de la publication phare du GECF, «Global Gas Outlook 2050», qui sera dévoilée en marge du 6e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du Forum prévu à Doha (Qatar) en février 2022. A cette occasion, ils ont salué le travail «important» effectué par le nouvel Institut de recherche sur le gaz dans le domaine de recherches sur des technologies innovantes et d’autres solutions.
A noter que le conseiller auprès du ministère de l’Energie et des Mines, Mohamed Hamel, a été désigné en tant que Secrétaire général du Forum, à compter du 1er janvier 2022. n