Rien ne va plus pour l’Europe du gaz. Après un lundi vécu sous le choc de la réduction 1à tout juste 20% des livraisons russes gazières traversant le Nord Stream, les pays de l’Union européenne se sont réveillés hier face à un marché où les prix accéléraient leur hausse sous l’impact des coupes drastiques annoncées par Gazprom.

Par Feriel Nourine
En fin de matinée, les échanges évoluaient au rythme des niveaux atteints au début de la guerre en Ukraine. Le TTF néerlandais, la référence du gaz naturel en Europe, s’affichait à 192,00 euros le mégawattheure (MWh).
Quant au gaz britannique, il évoluait quant à lui à 356,99 pence par thermie (une unité de quantité de chaleur), après un pic à plus de 357 pence, également un plus haut depuis son record historique de mars.
Après avoir réduit, il y a quelques semaines, à 40% ses exportations de gaz via Nord Stream, puis fermé pendant dix jours (11-21 juillet) ce gazoduc pour maintenance, le géant russe a fait savoir, lundi, qu’il allait descendre à 20%, soit 33 millions de m3, de ces mêmes livraisons à partir d’aujourd’hui 27 juillet. Gazprom a justifié ces nouvelles restrictions par une autre opération de maintenance sur le canal qui achemine 35% des 153 m3 cubes de gaz naturel vendus par la Russie aux pays de l’UE.
Une décision qui réduit davantage les chances des membres de l’Union de constituer leurs stocks pour l’hiver, faisant planer le risque d’une pénurie durant cette saison à très forte consommation de gaz dans le Vieux Continent.
Elle conforte cependant le projet de l’UE de réduire la consommation de gaz chez ses 27 membres. En ce sens, la réunion extraordinaire convoquée par la Commission européenne a vu, hier, les ministres européens de l’Energie se mettre d’accord sur cette option. Et la présidence tchèque de l’UE n’a pas attendu pour annoncer cet accord. «Ce n’était pas une mission impossible ! Les ministres sont parvenus à un accord politique sur la réduction de la demande de gaz en prévision de l’hiver prochain», a-t-elle annoncé sur son compte Twitter, précisant que le plan, proposé la semaine dernière par la Commission, a été profondément remanié, mais ses grands principes sont préservés.
Lequel plan prévoit que chaque pays fasse «tout son possible» pour réduire, entre août 2022 et mars 2023, sa consommation de gaz d’au moins 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années sur la même période.
En fin de compte, il a été décidé que cet objectif sera adapté aux réalités de chaque pays, notamment aux capacités d’exporter les quantités de gaz économisées aux pays dans le besoin, grâce à une série d’exemptions. Sa mouture initiale avait provoqué des critiques de la part de plusieurs pays dont l’Espagne, le Portugal et la Grèce.

Position renforcée pour l’Algérie
Ce qui se passe sur le marché mondial du gaz, notamment du côté de l’Europe constitue une opportunité sans pareille pour l’Algérie, en sa qualité de grand fournisseur de cette énergie. (Suite en page 4)
Reconnue pour sa fiabilité, Sonatrach a gagné en galons chez ses clients depuis le début de la guerre en Ukraine qui a fortement perturbé le marché gazier et provoqué une quête d’alternatives au pétrole russe chez l’ensemble des pays de l’UE.
Face à cela, l’Algérie a vu sa position se renforcer sur l’échiquier gazier mondial, avec pour perspectives des volumes d’exportation en hausse considérable et des recettes qui augmentent grâce aux niveaux des prix affichés depuis l’année dernière et qui se sont consolidés depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, atteignant de nouveaux sommets.
Cette donne a été de nouveau mise en avant la semaine dernière, par le Pdg de Sonatrach, Toufik Hakkar. Lequel a affirmé qu’outre les sollicitations en provenance de ses clients traditionnels, l’Algérie reçoit des demandes de nouveaux clients soucieux de diversifier et d’augmenter leurs approvisionnements en gaz. «La position de Sonatrach dans le domaine de l’énergie, et dans le domaine du gaz en particulier, était connue depuis longtemps, mais elle s’est encore renforcée avec la crise actuelle, notamment en Asie et en Europe, et la forte demande énergétique sur les marchés mondiaux», a déclaré le premier responsable de Sonatrach à la Télévision publique.
L’Algérie est devenue aujourd’hui «une destination de haute importance par rapport à certains fournisseurs de l’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient», a-t-il ajouté, soulignant que de «nombreux Pays de l’Europe demandent plus de gaz, particulièrement de nouveaux clients issus de l’Europe de l’Est».
Cette demande constitue «une opportunité» pour la compagnie nationale d’hydrocarbures qui va «travailler de sorte à l’exploiter pour vendre plus de gaz naturel en augmentant sa production», a encore indiqué M. Hekkar.
Pour ce faire, Sonatrach pourra compter sur la série de découvertes qu’elle est en train de réaliser. Les deux dernières opérations du genre ont été annoncées lundi par le groupe énergétique national qui les a effectuées en effort propre, alors qu’une découverte de pétrole l’a été en partenariat avec le groupe italien Eni. n