Par Feriel Nourine
Lors de la visite de travail qu’il a effectuée au Niger, dimanche et lundi, le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a passé en revue plusieurs dossiers de coopération bilatérale avec son homologue nigérien, Hassoumi Massoudou. Les questions du pétrole et de l’énergie ont occupé une place importante dans les consultations entre les deux ministres, notamment le projet de gazoduc Trans-Saharan Gas-Pipeline (TSGP). Lequel a d’ailleurs été programmé pour approfondissement des consultations lors de la visite du ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, au Niger d’ici la fin du mois en cours.
Le déplacement que s’apprête à effectuer le premier responsable du secteur dans ce pays frontalier de l’Algérie interviendra dans une conjoncture marquée par la rupture quasiment actée du contrat de gazoduc Maghreb-Europe (GME). Ce canal de transport de gros volumes de gaz naturel algérien vers l’Espagne via le territoire marocain a de très minimes chances de continuer à fonctionner. Le contrat conclu entre les autorités algériennes et marocaines ne devrait pas être reconduit au-delà du 1er octobre prochain, échéance de son expiration. Les tensions entre les deux pays ayant été portées à leur paroxysme par la multiplication des provocations du Makhzen, l’Algérie a fini par passer à l’acte en décidant de rompre ses relations diplomatiques avec Rabat. Au lendemain de cette décision, Mohamed Arkab avait laissé assez clairement entendre qu’Alger avait elle-même opté pour la non-reconduction du fameux contrat. Une réponse à la partie marocaine qui avait été la première à menacer d’une telle démarche dans le cadre de ses relations compromises avec l’Espagne, gros importateur de gaz algérien, suite à la position qu’a pris ce pays dans le dossier du Sahara occidental et dans celui de la migration clandestine.
Quelques jours auparavant, les responsables du secteur au Maroc avaient, certes, tenté de rectifier le tir, en actionnant une campagne médiatique à travers laquelle ils manifestaient leur intérêt à une reconduction du contrat du GME. Mais le tir était déjà parti, poussant l’Algérie et l’Espagne à trouver une alternative, et non des moindres, à l’arrêt du passage du gaz algérien par le territoire marocain pour rejoindre l’Espagne. Le Medgaz, le gazoduc sous-marin qui transporte déjà le gaz algérien qui relie directement l’Algérie à l’Espagne et que les autorités des deux pays ont convenu, à travers la coopération entre Sonatrach et son partenaire espagnol Natugy, de développer sensiblement les capacités pour continuer à satisfaire l’importante demande espagnole.
Dans ce sens, Mohamed Arkab avait assuré, fin août dernier, de l’ensemble des approvisionnements de l’Espagne en gaz naturel algérien. Il faisait part de l’engagement de l’Algérie dans cette optique en recevant l’ambassadeur d’Espagne en Algérie, mettant en exergue le récent projet d’extension de la capacité de ce gazoduc reliant directement les deux pays. Ceci étant, l’Espagne n’est pas le seul client gazier de l’Algérie et le groupe Sonatrach s’emploie à développer ses capacités de fourniture sur d’autres fronts et d’autres canaux de transport pour faire fructifier les potentialités dont dispose le pays en cette matière énergétique.
Mais en plus de son gaz, notre pays a son territoire sur lequel il peut également capitaliser pour le transport à travers et vers d’autres pays. C’est le cas surtout du TSGP dont il sera question lors de la visite de M. Arkab au Niger. Et c’est visiblement en prévision de cette visite que le même responsable avait évoqué, il y a quelques jours, ce projet, mettant en avant l’intérêt accordé par l’Algérie à un gazoduc dont la concrétisation permettrait de connecter les gisements de gaz naturel nigérians à l’Europe via le réseau de gazoduc algérien. Le premier responsable du secteur en Algérie s’exprimait devant une délégation de l’Institut national des études politiques et stratégiques du Nigéria (NIPSS) en visite en Algérie fin août dernier. « Nous accordons un intérêt particulier à la concrétisation rapide de cet important projet qui donnera un nouvel élan aux relations entre nos deux pays, en termes de coopération technique et de renforcement des capacités », a-t-il souligné, expliquant à la partie nigérienne que le TGSP induira des retombées socio-économiques importantes dans les pays de transit, dans le respect de la protection de l’environnement et du développement durable.
A cet effet, le ministre a réitéré le souhait de la partie algérienne de voir le Niger ratifier l’accord intergouvernemental relatif à ce projet, signé en 2009 à Abuja, et qui est inscrit au programme du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Après le Niger, Mohamed Arkab ira donc poursuivre les consultations avec les responsables nigériens dont le territoire servira de transit pour le
méga-projet dont le coût avait été estimé à plus de 10 milliards de dollars, et qui pourrait acheminer entre 20 à 30 milliards de m3 de gaz naturel du Nigeria vers l’Europe via le Niger et l’Algérie.<