Après l’avoir cédée, pendant plusieurs mois, aux Etats-Unis, l’Algérie a récupéré sa place de premier fournisseur de gaz naturel à l’Espagne, successivement en septembre et octobre derniers.

Par Feriel Nourine
En septembre, les volumes de GN acheminés par Sonatrach au profit de son client espagnol Naturgy avaient atteint 8 931 gigawattheures (GWh), soit 25,4 % des importations totales de l’Espagne, selon le bulletin de l’agence espagnole spécialisée dans l’acquisition, le transport, la regazéification et le stockage de gaz naturel (Enagas). Cette dernière précise que sur le total des livraisons effectuées par l’Algérie, 7 962 GWh sont arrivés par le gazoduc Medgaz reliant les deux pays, alors que 969 GWh sont arrivés par méthanier (GNL). L’Algérie s’est retrouvée dans la même position en octobre, selon Enagas. Le gazoduc Medgaz a acheminé l’équivalent d’un cinquième du gaz consommé par l’Espagne, qui a acquis 21,2%, durant le même mois, auprès de l’Algérie.
En tête du classement mensuel des approvisionnements gaziers de l’Espagne depuis janvier dernier, les Etats-Unis sont repassés derrière l’Algérie au 9e mois de l’année, avec 6 012 GWh, soit 17,1 % du total, indique la même source. En octobre, ces ventes sont également arrivées en seconde place après l’Algérie, avec 17,2 %. En plus de ces statistiques.
Cependant, le géant nord-américain reste de loin le premier fournisseur de gaz naturel de pays du sud de la Méditerranée sur l’ensemble de l’année en cours, avec un chiffre record de 102 694 GWh jusqu’à septembre, soit 30,5 % du total, précise-t-on.
Longtemps marquée par un partenariat exemplaire, qui a fait de l’Algérie le principal fournisseur de l’Espagne, la coopération gazière algéro-espagnole n’a pas tardé à subir l’impact de la crise politique qui secoue les relations entre des deux pays depuis que le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a décidé de s’aligner sur la thèse du Maroc dans la question du Sahara occidental et d’annoncer sa nouvelle position en mars dernier.
L’Algérie a rapidement riposté au revirement de Sanchez en rappelant d’abord son ambassadeur en Espagne, puis en décidant, 3 mois après ce rappel, de suspendre le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération qu’elle a conclu le 8 octobre 2002 avec le Royaume d’Espagne.
Alors que l’ensemble de la coopération économique s’en est trouvée impactée par cette suspension, le dossier gazier n’a pas été touché. Alger s’est engagée à poursuivre ses approvisionnements à Madrid, mais en s’abstenant de continuer à accorder les faveurs dont bénéficie ce client avant la sortie du Premier ministre espagnol.
Les négociations entamées entre Sonatrach et Naturgy, en octobre 2021, pour la révision du contrat qui les relie, ont été systématiquement rattrapées par le différend entre les deux pays, empêchant ces négociations d’avancer comme elles auraient pu le faire en d’autres circonstances.
Pendant ce temps, les volumes de gaz livrés par la compagnie nationale d’hydrocarbures à ses clients espagnols, dont principalement Naturgy, diminuaient, laissant transparaître des divergences sur la révision du même contrat. Il a fallu plusieurs mois de négociations, pour voir Naturgy accepter l’ensemble des clauses introduites par Sonatrach dont notamment celle relative au prix que la compagnie nationale d’hydrocarbures a décidé de réviser en fonction de la nouvelle donne géostratégique qui impacte le marché gazier et tire les prix vers le haut. Ce qui a donné lieu à la signature, début octobre dernier, après que le groupe espagnol a accepté cette clause, mais aussi la durée de trois années pour son application.
La société espagnole semble donc avoir accepté la condition de son fournisseur en gaz, auquel elle est liée par un contrat jusqu’à 2031. En effet, «Sonatrach et son partenaire Naturgy ont convenu de réviser les prix des contrats de fourniture de gaz à long terme existants à la lumière de l’évolution du marché, assurant ainsi l’équilibre de leurs contrats sur une base gagnant-gagnant», avait expliqué le PDG de Sonatrach, Toufik Hekkar, après avoir cosigné cet accord avec le PDG de Naturgy, Francisco Reynes Massanet.
«A travers les contrats qui la lient à Naturgy, Sonatrach a livré durant la dernière décennie plus de 83 milliards de m³ à son client sur le marché espagnol, contribuant ainsi au renforcement de la sécurité des approvisionnements gaziers de ce marché», a indiqué, à ce propos, le groupe dans un communiqué distribué lors de la cérémonie de signature.
Les deux sociétés ont également convenu de poursuivre leurs discussions sur des sujets d’intérêts communs.
En ce sens, M. Hekkar a qualifié l’accord de «très important» qui va permettre aux deux parties de continuer leurs relations de coopération, soulignant que la relation entre les deux compagnies est «historique».
Une coopération qui devrait replacer dans la durée la place de l’Algérie en tête des fournisseurs de gaz à l’Espagne. <