Par Bouzid Chalabi
Les marchés mondiaux du gaz s’emballent depuis quelques semaines. En effet, c’est la quatrième hausse du prix du gaz consécutive en 2021. En témoignent les prix spot européens et asiatiques qui ont atteint des sommets historiques en Europe et en Asie. De plus, les courbes des cours à terme indiquent des prix durablement très élevés au second semestre de cette année, dans un contexte de forte demande en Asie, tirée par la Chine. C’est d’autant plus prévisible, si l’on tient compte que la saison hivernale approche et du coup le prix du gaz devrait continuer d’augmenter d’ici le printemps 2022 avant de connaître une baisse. Toujours est-il qu’une profonde mutation est attendue vers l’énergie renouvelable dans l’industrie mondiale. L’Algérie saura-t-elle saisir cette opportunité ?
A propos de cet emballement des marchés mondiaux du gaz, les experts convergent vers l’idée qu’il est dû à plusieurs événements. La reprise économique mondiale entraînant une forte demande notamment en Asie qui a fait grimper les prix, la forte demande des stockages européens qui ont été sollicités cet hiver mais dont le remplissage s’est fait lentement par l’effet des températures au-dessous des normes de saison, qui ont rendu le remplissage très lent au printemps. Autres événements, des opérations de maintenance en mer du Nord qui ont entraîné une réduction du gaz norvégien en Europe et, enfin, les prix du gaz sont sortis de leur corrélation historique aux prix du baril du pétrole, à partir des années 2010. D’autres analystes estiment de leur côté que l’offre mondiale de gaz s’est trouvée renforcée par le développement spectaculaire de la production de gaz de schiste aux Etats-Unis, impliquant une évolution des prix sur les marchés organisés européens plus favorables aux acheteurs, même si la baisse des prix a d’abord été beaucoup plus marquée aux USA. Comme ils soutiennent que les deux grands producteurs mondiaux que sont la Russie et les Etats-Unis d’Amérique ont joué un rôle dans cet emballement du marché mondial gazier. C’est ce que soutient l’expert en transition énergétique Hasni Tewfik, approché hier par Reporters. Ce dernier estime dans ce sens que « la Russie en limitant ses volumes d’exportations a provoqué une tension sur le marché mondial. Et les USA ont plutôt fait dans la spéculation pour tenter de tirer de gros dividendes sur leur gaz de schiste ». A la question de savoir si l’Algérie pourrait bénéficier de cette conjoncture, il a répondu tout de go par la négative, expliquant dans la foulée : « Le pays ne peut tirer profit de cette conjoncture de hausse du prix du gaz sur le marché gazier tant la concurrence est de plus en plus rude. Et cela ne le sera jamais à partir de la réalité du terrain : notre production est à moitié consommée localement. De là à envisager à exporter plus de volume de gaz relève beaucoup plus de l’insensé. » Par contre, dira cet expert, « au vu de la cherté du gaz, de nombreuses entreprises étrangères vont soit diminuer leur production ou carrément se mettre à l’arrêt dans l’attente de changer de source d’énergie par celle du photovoltaïque que l’Algérie peut produire à profusion pour peu que nos décideurs fassent en sorte que la transition énergétique se développe à outrance chez nous de la sorte en devenant grand exportateur d’énergie solaire. En somme, la mutation qui va s’opérer à grande échelle dans de nombreux grands pays industriels, en se délaissant de l’énergie classique qu’est le gaz au profit de l’énergie photovoltaïque, est une opportunité à saisir et ne pas la laisser s’échapper. Et de conclure dans ce sens : « Le temps n’est plus à la tergiversation mais à l’action immédiate afin de réussir notre transition énergétique et ainsi en tirer de grands profits tant la tendance mondiale en matière de source énergétique va vers le renouvelable. » <