Le patron du groupe italien ENI, Claudio Descalzi, a assuré, hier, que «l’Algérie a plus que doublé ses exportations de gaz vers l’Italie», mais l’Italie, souligne-t-il, aura besoin «de 4 milliards de mètres cubes supplémentaires pour avoir une sécurité énergétique totale».

Par Hakim Ould Mohamed
L’Algérie est le seul fournisseur de l’Italie à acheminer son gaz via un gazoduc, alors que les autres pays, dont la Libye, qui a augmenté également son approvisionnement de l’Italie en gaz, l’Égypte, l’Angola, le Nigeria et le Mozambique depuis peu, achemine leur gaz à destination de l’Italie à bord de méthaniers, ce qui pose à l’Italie d’énormes problèmes en matière de regazéification, a indiqué Claudio Descalzi, lors d’un évènement organisé à Milan. Selon lui, l’Italie aurait besoin de quatre autres installations d’importation de GNL si elle veut avoir la sécurité énergétique et un approvisionnement suffisant en gaz naturel. A l’exception de l’Algérie, premier fournisseur de l’Italie en gaz naturel, «le problème est que ces flux viennent à bord de pétroliers et nous n’avons pas assez de capacité de regazéification. Nous avons besoin d’infrastructures de regazéification supplémentaires», a ajouté le dirigeant d’ENI. Contrairement à l’Espagne qui consomme 30 milliards de mètres cubes de gaz, mais qui dispose d’une capacité de regazéification de 60 milliards de mètres cubes, l’Italie ne dispose que de 17 milliards de mètres cubes de capacité de regazéification. Le premier client de l’Algérie doit à la fois augmenter ses capacités de traitement de GNL de 10 milliards de m3 et participer davantage à l’effort de production en Algérie afin que son principal fournisseur puisse augmenter davantage ses livraisons. «Nous aurons besoin de 4 milliards de mètres cubes supplémentaires pour avoir une sécurité énergétique totale», a déclaré Claudio Descalzi. En tout cas, l’Algérie remplit jusqu’ici son contrat relatif à l’augmentation de ses volumes de gaz acheminés à destination de l’Italie conclut, faut-il le rappeler, voici quelques mois, à l’occasion de la visite du désormais ex-Premier ministre italien, Mario Draghi. D’une pierre deux coups, Claudio Descalzi assure à qui veut l’entendre que l’Algérie continue d’approvisionner l’Italie en volumes supplémentaires et dément, à nouveau, certaines informations selon lesquelles l’Algérie aurait du mal à pomper en quantités supplémentaires à destination de l’Italie. Des déclarations qui viennent soutenir celles du ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, qui, fin septembre, a indiqué que l’Algérie envisageait de porter ses livraisons de gaz à l’Italie à plus de 25 milliards de m3 d’ici la fin de l’année. Le ministère avait précisé qu’avec 17,8 milliards de m3 de gaz livrés à ce jour, soit à septembre, l’Algérie qui «honore ses engagements avec l’Italie» consolide sa position de premier fournisseur en gaz de l’Italie, qui «va encore recevoir 10 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires» dans les prochains mois. Le groupe italien ENI avait assuré à son tour qu’au mois de septembre dernier, les niveaux de flux de gaz en provenance d’Algérie n’ont jamais été enregistrés ces dernières années. Le patron d’ENI vient de le confirmer, hier, précisant que l’Algérie «a plus que doublé ses exportations de gaz vers l’Italie» cette année, s’imposant ainsi sur la première marche du podium des principaux fournisseurs de l’Italie en gaz. L’avantage de l’Algérie par rapport aux autres fournisseurs est qu’il est relié à l’Italie au moyen du gazoduc transmed, d’une capacité annuelle totale de 32 milliards de m3, lui permettant d’être plus compétitif et d’avoir une force de frappe non des moindres, alors que son client, l’Italie, n’est pas contraint d’investir dans des installations de regazéification. Or, pour les autres fournisseurs transportant leur gaz au moyen de navires, ont des coûts supplémentaires que l’Algérie n’a pas et obligent l’Italie à investir davantage dans ses capacités de traitement de GNL. Quoi qu’il en soit, ENI, partenaire historique de Sonatrach, a fait le choix d’investir davantage en Algérie et participer à l’effort de production de Sonatrach afin de répondre aux objectifs d’augmentation des volumes exportés par l’Algérie. En octobre dernier, Sonatrach avait annoncé la mise en production de deux champs gaziers dans le bassin de Berkine, dans le cadre du premier contrat signé avec son partenaire ENI, en vertu de la nouvelle loi sur les hydrocarbures 19-13. Cette nouvelle réalisation permet d’atteindre une production journalière de 1 million de mètre cubes de gaz et 4.000 barils de liquides associés, avant que cette capacité soit augmentée de 2 millions de mètres cubes à la fin de cette année. Ces volumes, qui viennent renforcer les capacités des deux champs de Berkine-Nord, entrés en production en juillet 2022, permettront aux deux partenaires d’accroitre les quantités de gaz produites par l’association Sonatrach-Eni et contribueront, à coup sûr, à augmenter les exportations de gaz algérien destinées au marché européen et à l’Italie plus particulièrement. <