La décision de l’Algérie de mettre fin à l’activité du Gazoduc Maghreb-Europe, plus connu sous son acronyme GME, n’aura pas d’incidence sur l’approvisionnement de l’Espagne en gaz naturel algérien.

Par Kahina Sidhoum
Cette installation importante, qui acheminait le gaz des champs de Hassi R’mel vers l’Espagne et le Portugal via le Maroc, était en service depuis 25 ans. Elle permettait d’acheminer chaque année 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel sur une distance de plus de 1 400 kilomètres, traversant 540 kilomètres du territoire marocain. Sa fermeture par les autorités algériennes, un acte officialisé le 31 octobre 2021 par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, après la rupture des relations diplomatiques avec Rabat en réaction à ses pratiques «hostiles», a suscité les craintes de la partie espagnole de se retrouver en quantité insuffisante pour les besoins de son marché. Désormais, ce n’est le plus cas.
Dans une déclaration à la chaîne publique espagnole, TVE, la ministre de la Transition écologique a affirmé que son pays est «rassuré» par les engagements pris par l’Algérie quant aux livraisons gazières. «Les autorités algériennes se sont engagées à offrir plus de gaz à l’Espagne si le pays en a besoin», a déclaré lundi Mme Teresa Ribera Rodriguez. Elle a ajouté que «l’Espagne avait constitué un stock des réserves de gaz équivalant à 43 jours de consommation» lui permettant de faire face à d’éventuels besoins urgents. Mercredi 27 octobre, la ministre espagnole avait effectué une visite de travail en Algérie au cours de laquelle elle s’était entretenue avec le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, ainsi que le ministre de la Transition énergétique et des Energies renouvelables, Benattou Ziane. Sa visite était la deuxième d’un responsable du gouvernement du royaume d’Espagne après celle du ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares Bueno, jeudi 30 septembre.
Pourquoi l’Espagne s’est-elle inquiétée de la mise hors service du GME ? L’Algérie est le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne ; à elles seules, ses exportations représentent près de la moitié de la consommation annuelle de gaz naturel de l’Espagne. Les autorités espagnoles ont craint une augmentation importante du prix du gaz, mais aussi de l’électricité, dans leur pays. Ce qui serait un coup dur pour les ménages espagnols et des difficultés supplémentaires pour le gouvernement de Pedro Sanchez à Madrid.
Les «dispositions» prises par l’Algérie, dont la ministre espagnole de la Transition a été informée lors de sa venue à Alger en octobre dernier, sont d’approvisionner – de la meilleure manière et selon «un calendrier bien déterminé» – l’Espagne en gaz via le Medgaz. Ce gazoduc achemine environ 8 milliards de mètres cubes par an, quand la capacité du GME était de 10 milliards. Pour combler la différence, Sonatrach s’est engagée à augmenter la capacité du Medgaz à 10 milliards de mètres cubes par an. Pour couvrir les 4 milliards dont aurait encore besoin l’Espagne, le rythme des exportations de gaz naturel liquéfié par voie maritime – et par méthaniers – de l’Algérie vers l’Espagne pourrait augmenter.
Quid du Maroc ? Rabat, le grand perdant de l’arrêt du GME, par lequel il produisait environ un dixième de son électricité, envisagerait de continuer à utiliser ce gazoduc pour acheminer du gaz naturel sur son territoire… mais dans l’autre sens, cette fois. Une option qui consiste, en effet, à faire renvoyer du gaz par l’Espagne en utilisant le pipeline. Ce scénario, évoqué par la presse espagnole durant la visite à Alger de Mme Ribera, n’est pas confirmé. Il est cependant sûr que l’Algérie n’acceptera pas cet arrangement. Le Maroc fait par ailleurs une croix sur l’argent qu’il percevait en droit de passage du gaz algérien sur son territoire, entre 50 et 200 millions d’euros par an.
Pour rappel, le passage du GME par le Maroc était inscrit dans les relations commerciales entre la Sonatrach et l’Office marocain de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). <