Pendant que les cours du pétrole brut fléchissent pour la seconde semaine consécutive, les prix du gaz vont de record en record, galvanisés par les inquiétudes sur l’approvisionnement du Vieux Continent, pris dans l’engrenage de la guerre en Ukraine.

Par Hakim Ould Mohamed
Le TTF néerlandais, la référence du gaz naturel en Europe, prenait, mardi, 4,72% à 230,50 euros le mégawattheure (MWh). Un record ! La seule fois où il a été battu c’était en début mars, lorsque les sanctions économiques contre la Russie après son invasion de l’Ukraine ont bouleversé le marché. Cette hausse fulgurante des prix du gaz profite bien évidemment aux pays exportateurs, soit directement ou indirectement à travers la hausse des prix du pétrole sur le marché mondial, si les cours du gaz étaient indexés à ceux du pétrole, dans le cadre des contrats de long terme. C’est le cas de l’Algérie. Le prix du pétrole algérien a gagné 50% durant les cinq premiers mois de l’année 2022, entraînant dans son sillage, bien qu’avec un délai, le prix à l’exportation du gaz algérien. Dit autrement, la hausse du cours du Sahara Blend algérien entraîne mathématiquement la hausse du prix du gaz algérien, étant donné l’option retenue dans les contrats de long terme, notamment ceux conclus avec les clients européens de Sonatrach, qui consiste à indexer les prix du gaz à ceux du pétrole. Cela signifie que même si le prix du gaz algérien a augmenté, l’augmentation était de moindre importance que le prix de référence du gaz européen.
Selon des statistiques contenues dans le rapport de suivi de l’économie algérienne publié, la semaine dernière, par la Banque mondiale, les prix d’exportation du gaz naturel algérien ont augmenté de 29% sur les neuf premiers mois du précédent exercice, contre 64% pour le prix de référence du gaz européen, du fait de la part de contrats arrimés aux prix du pétrole avec un délai dans les exportations algériennes. Sur la même période, fait constater l’institution de Bretton Woods, les prix du pétrole brut et raffiné, des condensats, du GPL et du GNL ont gagné entre 37% et 42%. Combiné avec la hausse des quantités exportées, notamment de gaz naturel et de pétrole brut, les exportations d’hydrocarbures ont augmenté de 70% en 2021, atteignant 34,1 milliards de dollars. Si ce mouvement haussier était maintenu sur les deux chapitres de la production et des quantités exportées, courant 2022, la baisse des prix du pétrole pourrait avoir un impact sur ceux du gaz algérien à l’exportation.
En effet, après un bond exceptionnel aux deux derniers trimestres de 2021, la production de gaz naturel s’est maintenue à son niveau durant le premier trimestre de l’année en cours, dans une conjoncture internationale marquée par une hausse fulgurante de la demande européenne. Cette hausse de la production s’est traduite par une croissance positive des exportations de gaz naturel. La hausse des prix du pétrole, combinée à une hausse des volumes exportés, a eu pour conséquence une augmentation nette des exportations d’hydrocarbures en 2021. Au mois de juillet dernier, lit-on dans le dernier rapport de l’Opep, la production algérienne de pétrole brut s’est établie à 1,040 million de barils par jour. Cependant, les volumes d’exportation de gaz de pétrole liquéfié, de condensats, de produits pétroliers raffinés et de gaz naturel liquéfié sont demeurés relativement stables. Depuis deux semaines, les prix du pétrole fléchissent, mais ceux du gaz continuent de grimper sur fond de tensions sur l’approvisionnement du Vieux continent.
Bien évidemment, la baisse des cours du brut pourrait faire perdre à l’Algérie de précieux gains en période de hausse des prix du gaz, étant donné l’indexation des prix du gaz à ceux du pétrole. Mais la hausse des volumes exportés en pétrole pourrait contrebalancer cette situation de pertes sur les prix. Sonatrach tente de renégocier les prix de son gaz établis contractuellement, sur le long-terme, avec ses acheteurs, européens particulièrement. En attendant, les prix du gaz continuent de grimper à des niveaux historiquement élevés sur le marché international, alors que le prix algérien n’augmente que faiblement, car arrimé à celui du pétrole. Preuve en est que si le prix de référence du gaz Henry Hub a gagné près de 50% entre le deuxième et le troisième trimestre de 2021, le prix à l’exportation du gaz naturel algérien n’a augmenté que de 0,5% sur la même période, lit-on dans le rapport de la Banque mondiale, se basant sur des statistiques de l’Agence internationale de l’énergie et de la Banque d’Algérie. <