Si durant toute l’année, le phénomène du gaspillage du pain connaît une tendance moyenne, il prend en revanche des proportions alarmantes pendant le mois de Ramadan. C’est du moins ce que confirme l’entreprise NetCom, après avoir collecté 65 tonnes de pain durant le mois béni 2021 dans les 26 communes de la wilaya d’Alger.

Par Bouzid Chalabi
Du coup, cela renvoie à dire que l’Algérien achète beaucoup plus de pain qu’il n’en consomme en cette période précise, où existe-t-il d’autres raisons qu’il serait intéressant de connaître ?
Du côté de la Fédération des artisans boulangers (FAB), on atteste que pendant la Ramadan une grande majorité de la clientèle multiplie leur achat de pain en nombre et en variété. «Le client habitué en temps normal à acheter quatre baguettes va passer au double, voire plus, en diversifiant ses achats, c’est-à-dire d’aller vers d’autres variantes», explique à Reporters Youcef Kalafat, président de la FAB. Ce dernier, approché hier, ajoute dans ce sens : «C’est comme si une véritable boulimie dans l’achat du pain s’empare de la majorité de nos concitoyens pendant le Ramadan.» Non sans reconnaître que « pendant ce mois, l’ensemble des patrons de boulangerie ont certes l’habitude de varier leur étal, c’est-à-dire de proposer des pains différents dans la forme et dans leur composition, donnant ainsi l’embarras du choix à la clientèle. Ce qui pourrait expliquer en partie pourquoi la clientèle achète beaucoup de pain.

Le citoyen achète plus de pain que ses besoins réels
Mais toujours est-il que la clientèle a la fâcheuse tendance pendant ce mois d’acheter plus qu’elle ne consomme et, par voie de conséquence, le surplus va vite prendre le chemin des décharges publiques», rapporte Kalafat. Ce dernier ne cache plus sa stupéfaction devant « l’incivisme du citoyen» et avance par ailleurs que la qualité du pain est également à blâmer. D’après ce dernier, le pain consommé par le citoyen algérien serait «loin d’être sain», vu que les boulangers utilisent majoritairement la farine blanche. Sur l’hypothèse que la mauvaise qualité du pain est en grande partie responsable de ce constat de terrain où des volumes importants sont jetés au quotidien par les foyers, Kalafat reconnaît que c’est l’une des raisons majeures. Et de révéler : «La qualité du pain est également à blâmer car les baguettes sont rassies très vite et donc vouées à être jetées.». Certes il est d’un aspect croustillant à la sortie du four, mais il le devient moins au fil des heures. Autrement dit, le pain notamment les baguettes à 10 DA l’unité ont tendance à rassir trop vite». Sur ce dernier point le président de la FAB reprend l’argument des patrons boulangers, « c’est dû à la mauvaise qualité de la farine issue des minoteries».
Le pain rassit trop vite
Un argument que l’on rejette du côté de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC). En effet, selon le directeur exécutif de la FAC, Mohamed Toumi, «ce n’est pas dû à la mauvaise qualité de la farine, car jusqu’à preuve du contraire nos minoteries produisent une farine de qualité supérieure. Il faut aller chercher ailleurs la raison qui fait que le pain de certains boulangers rassit plus rapidement que la normale. Et de s’interroger enfin dans ce sens : «Peut-être que certains patrons de boulangerie manquent de professionnalisme.» Pour rester dans ce même registre, il faut savoir que de nombreux spécialistes en matière de contrôle de la qualité des denrées alimentaires ont souvent dénoncé que dans le corps des artisans boulangers, l’usage est très souvent excessif. Ce qui accélère la dégradation du pain une fois sorti du fournil. «Un phénomène facilement observable pendant les grosses chaleurs», conclut une étude de terrain menée par des spécialistes en la matière.
Après toutes ces explications, il convient d’admettre que le pain, cet aliment essentiel et fondamental dans l’alimentation dans notre pays, est devenu le symbole même d’un gaspillage orchestré par l’insouciance des citoyens. C’est pourquoi les campagnes de sensibilisation contre le gaspillage doivent se multiplier sans relâche pour arriver à annihiler cette mauvaise et coûteuse tendance. n