La raffinerie Augusta fait parler d’elle de nouveau. Par la voie du ministre de l’Energie qui a été interrogé par des journalistes sur le sort réservé à cette acquisition de Sonatrach en Italie, en 2018. Une opération qui n’a pas tardé à laisser transparaître les dessous d’une transaction douteuse, menée par de hauts responsables du groupe énergétique national, sous la houlette de son ex-PDG Abdelmoumen Ould Kaddour.
Or, la question de cette raffinerie est toujours d’actualité, a répondu Abdelmadjid Attar, indiquant que son examen est inscrit sur le calendrier de Sonatrach qui «conservera cette structure si elle s’avère être utile dans cet investissement comme elle pourrait être vendue dans le cas contraire», a souligné le premier responsable du secteur et néanmoins ancien patron de la compagnie.
«Augusta est actuellement une propriété de Sonatrach. Nous essayerons d’exploiter cette raffinerie en cas de besoin», a-t-il soutenu, mardi devant les médias en marge de la Conférence nationale sur le Plan de relance pour une nouvelle économie.
En attendant, «le dossier de l’achat de cette structure est actuellement entre les mains de la justice», a rappelé M. Attar.
En effet, la justice a décidé d’ouvrir une enquête sur l’affaire d’acquisition la raffinerie Augusta, achetée pour 700 millions de dollars en Sicile, à Esso Italiana, filiale de l’Américain ExxonMobil après avoir été exploitée pendant 70 ans.
Cette opération avait d’ailleurs, dès son annonce, provoqué une vague d’interrogations sur les véritables motifs de cette opération, poussant Ould Kaddour à se déployer pour tenter de démystifier une acquisition que certains n’avaient pas hésité à présenter comme étant une escroquerie sans commune mesure.
Mais c’est le vice-président du groupe et conseiller de son PDG, en l’occurrence Ahmed El-Hachemi Mazighi, qui avait été chargé de mettre en évidence ce que devaient être les dividendes de ce rachat dont il avait été l’artisan principal. Seront mis alors en avant plusieurs avantages, dont notamment celui qui permettra, à l’Algérie d’atteindre une autonomie en matière de carburants et de réaliser son objectif de ne plus recourir à l’importation de ce type de produits.
Deux années après cette transaction qui avait mis les opposants à sa réalisation devant le fait accompli, le même Ahmed Mazighi se trouve en détention provisoire, alors qu’Abdelmoumen Ould Kaddoour est en fuite à l‘étranger. L’ex-vice-président de Sonatrach a été emprisonné, début juillet dernier, après avoir été inculpé de «dilapidation de l’argent public et d’abus de fonctions».
L’ex-premier responsable de la compagnie a été également inculpé d’«abus de fonctions» dans l’affaire Augusta. Mais Ould Kaddour est poursuivi dans d’autres affaires. Il a été même condamné par le tribunal militaire de Blida à 30 mois de prison ferme en 2005 dans l’affaire de BR Condor pour trahison. Il sera cependant libéré sans purger sa peine, et sera même promu PDG du géant énergétique durant les dernières années de règne d’Abdelaziz Bouteflika, avant d’être limogé par le président intérimaire Abdelkader Bensalah.
A noter par ailleurs que dans sa même déclaration à la presse, Abdelmadjid Attar est de nouveau revenu sur la nécessité pour Sonatrach de se focaliser sur sa principale mission, à savoir «l’exploration, la production, le transport, la transformation et la commercialisation des hydrocarbures», a-t-il insisté.
Cette démarche pourrait même «inclure l’octroi de l’autonomie à la société Tassili Airlines activant dans le domaine du transport aérien», a indiqué le ministre en réponse à une question sur la possibilité pour la compagnie de se dégager de cette filiale. <