L’affaire Augusta redevient ainsi d’actualité. Cette fois, c’est le Premier ministre qui en est la source en affirmant, hier, que le pôle judiciaire économique et financier a ouvert une enquête concernant l’acquisition de cette raffinerie basée en Italie. Abdelaziz Djerad a, également, ajouté qu’un mandat d’arrêt international a été émis par le juge d’instruction à l’encontre du principal accusé dans cette affaire. Tous les observateurs s’accordent à dire que le «ciblé», même si son nom n’a pas été cité par le Premier ministre, n’est autre que Abdelmoumen Ould Kaddour, qui était PDG de Sonatrach au moment de l’acquisition d’Augusta, en 2018.
Ce rebondissement de l’affaire remet sur le tapis de lourds dossiers, dont les plus épineux concernent la dilapidation de l’argent public et l’abus de pouvoir. Il est question de près d’un milliard de dollars qui sont sortis des caisses de l’Etat pour au bout ne rien récolter. C’est un énième exemple de cette politique de dilapidation des deniers publics qui se faisait à ciel ouvert et avec une arrogance déconcertante. L’affaire de la raffinerie Augusta est loin d’être un cas unique. De nombreux scandales avaient déjà éclaté auparavant et tout le monde aura constaté l’ampleur des dégâts surtout depuis le Hirak.
Les coupables ne sont pas seulement ceux qui se sont permis de se servir, ou de servir leurs maîtres (nationaux et étrangers). Il faut, également, les chercher ailleurs, et pas uniquement dans les institutions affublées du titre «autorités compétentes». Si tous ces sangsues ont osé, sans scrupules, jouer avec l’argent public, c’est essentiellement parce qu’ils ne craignaient rien. Tant qu’ils avaient l’aval des «supérieurs», ils pouvaient tout se permettre. Dénoncer ce qu’ils ont fait n’est pas suffisant. Se contenter de les poursuivre en justice et de les condamner est certes nécessaire, mais c’est également insuffisant.
L’Algérie ne peut plus supporter l’état d’inhibition dans lequel elle s’est souvent retrouvée depuis longtemps, trop longtemps. Ne plus revivre ces situations consiste en la mise en place de garde-fous. Leur création sera le bouclier avec lequel sera protégé l’argent public. Là, s’impose à tout le monde la notion du «contre-pouvoir», pour stopper toutes les tentations.
La meilleure illustration émanera d’une Assemblée choisie par les citoyens et qui, au nom de sa légitimité, va demander des comptes à tous ceux qui sont aux postes de responsabilité. Se lamenter sur son sort et crier au scandale n’ont jamais créé un Etat de droit. Ce dernier se concrétise, avant tout, par l’implication de chacun dans la sauvegarde des deniers publics.