Par Khaled Remouche
La coordination des efforts de différents secteurs comme les transports, les travaux publics et les ressources en eau permettra de réduire les délais de réalisation de ce mégaprojet dont l’enjeu est une plus grande compétitivité des produits sidérurgiques nationaux sur le marché international.
Le développement du gisement de Gara Djebilet, objet dimanche dernier d’une réunion interministérielle pour coordonner les efforts des différents intervenants dans la mise en œuvre de ce projet complexe, est déterminant pour l’industrie sidérurgique algérienne. Avec des réserves de 3,5 milliards de tonnes, une teneur en fer de 58% et une capacité de production projetée de 12 millions de tonnes/an, devant être mis en service en 2025 et créer 3 000 emplois, les mines de Gara Djebilet, situées à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Tindouf, permettront d’obtenir l’autosuffisance en matière de minerai de fer et de placer l’Algérie parmi les premiers producteurs d’acier en Afrique et les premiers acteurs du marché dans la région MENA.
Il fait partie, avec le projet de développement des mines de phosphate de Tébessa et le projet de port de Ténès, des grands projets structurants retenus par le plan de relance de l’économie nationale. Le développement de ce gisement connaît néanmoins un grand retard puisqu’il devait être mis en service en 2021-22. C’est pour accélérer la réalisation de ce projet suivant les instructions du Président de la République que cette réunion intersectorielle a été organisée avec comme résultat la constitution de groupes de travail pilotés par le ministère de l’Energie et des Mines dans le but de situer l’apport de chaque secteur, tels les ressources en eau, les transports et les travaux publics les contraintes qui s’opposent à l’accélération de la mise en service de ces mines ainsi que les voies et moyens de surmonter ces difficultés. Le développement de ce mégaprojet était prévu dans les années 70-80 mais un écueil s’était opposé à sa concrétisation, la teneur en phosphore de ce minerai qui rend difficile son exploitation. C’est à la faveur de résultats positifs des laboratoires dans leurs recherches de solutions pour éliminer le phosphore qu’a été relancé ce projet. En 2017, la société de fer et d’acier Ferraal signe avec la société chinoise Sinosteel un protocole d’accord pour la réalisation des études de faisabilité pour le développement du gisement. Le contrat comprend des études, des essais de déphosphorisation et d’enrichissement sur 4 procédés différents. En mars 2021, Ferraal, filiale du groupe Manal, signe avec un groupement d’entreprises chinoises un mémorandum d’entente portant sur les études de lancement du projet et l’exploitation des gisements de Gara Djebilet. Il s’agit de MCC, CWE et Heyday Solar. La société mixte entre ces entreprises devrait être lancée trois mois plus tard. Il a été convenu que ce projet sera cofinancé par les parties algériennes et chinoises et que dans un délai de 24 mois toutes les infrastructures annexes devraient être prêtes alors que les premières extractions de minerai de fer à partir de ces mines devraient s’opérer en 2025. Un délai serré. Qu’on en juge.
Ce projet nécessite la réalisation d’une voie ferrée qui transportera le minerai jusqu’à la côte. Il faudra recourir sans doute à la main-d’œuvre chinoise, exercer un suivi rigoureux, sans négliger la qualité des études pour réaliser dans un délai de trois à quatre ans la voie ferrée. Car si on suit le rythme actuel de réalisation des voies ferrées en Algérie, il faut dix ans. Les mines ayant besoin sans doute de quantités d’eau importantes, il faudra trouver une solution à ce sérieux problème, une solution qui soit la moins onéreuse.
Enfin, n’oublions pas de mentionner que la production de fer des mines de Gara Djebilet rendra plus compétitif l’acier algérien. Enrichi, il sera beaucoup moins cher que le minerai de fer importé actuellement. Un avantage comparatif qui permettra de placer plus facilement les produits sidérurgiques nationaux sur le marché international. n