La Gambie était dans l’attente, hier, de l’arrivée annoncée du nouveau président Adama Barrow après le départ en exil de Yahya Jammeh qui, après six semaines de crise, a finalement cédé à la pression militaire et diplomatique de ses voisins ouest-africains.

A Banjul, les manifestations spontanées de joie pour fêter le départ de Yahya Jammeh, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant plus de 22 ans, se sont estompées dans la nuit, qui a été calme. A la demande de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), Adama Barrow séjourne depuis le 15 janvier à Dakar, où il a prêté serment jeudi dans l’ambassade gambienne. Peu après la prestation de son serment, la Cédéao avait fait entrer des troupes de plusieurs de ses pays en territoire gambien. Ce déploiement avait ensuite été suspendu pour donner des chances à une ultime médiation. Le nouveau président Adama Barrow sera installé quant à lui en Gambie après la sécurisation de la capitale Banjul et du territoire gambien par les forces de la CEDEAO, a annoncé hier le président de la commission de la Cedeao, Marcel Alain De Souza. « Le président Adama Barrow souhaite rentrer rapidement à Banjul. La stratégie veut qu’on puisse sécuriser Banjul et l’ensemble du pays, avant que le président Adama Barrow ne puisse s’installer », a-t-il dit, lors d’une conférence de presse donnée après le départ en exil de l’ancien président gambien Yahya Jammeh en Guinée Equatoriale. Le président de la commission de la Cedeao a indiqué que le retour d’Adama Barrow nécessitera que l’organisation communautaire « puisse mettre un certain accent sur la défense et l’unité nationale ».
Le départ en exil, samedi soir, de Yahya Jammeh a été obtenu à l’issue de cette médiation conduite par les présidents mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et guinéen Alpha Condé, mandatés par la Cédéao (15 pays membres dont la Guinée mais pas la Mauritanie). Jammeh, 51 ans, a quitté Banjul samedi après 21H locales (et GMT) à bord d’un jet privé avec Condé pour la Guinée, ses proches et collaborateurs ayant voyagé dans un appareil d’une compagnie mauritanienne.
Depuis l’éclatement, le 9 décembre, de la crise née du refus de Yahya Jammeh de céder la place à Adama Barrow, de multiples initiatives avaient été prises pour le faire changer d’avis, notamment par la Cédéao, sans succès. Dans une déclaration commune publiée peu après le départ de Jammeh, la Cédéao, l’Union africaine et l’ONU ont annoncé garantir ses droits, y compris à revenir dans son pays, saluant sa «bonne volonté» pour parvenir à un dénouement pacifique de la crise. Les trois organisations veilleront à le soustraire, avec les siens, aux tentatives de «harcèlement» et de «chasse aux sorcières». Elles se portent également garantes des propriétés de l’ex-président, de sa famille, des membres de son régime ou de son parti, selon le texte. Selon la déclaration commune Cédéao-UA-ONU, il sera mis fin aux opérations militaires et la Cédéao qui «poursuivra la résolution pacifique et politique de la crise». Les forces de la Cédéao resteraient en Gambie «le temps nécessaire» pour sécuriser le retour de Barrow, a, cependant, indiqué le président de la Commission de la Cedeao, Marcel Alain de Souza.
Samedi soir, en apprenant que Yahya Jammeh avait effectivement quitté la Gambie, des habitants de Banjul sont sortis dans les rues, manifestant leur joie, notamment à Grand-Banjul (banlieue), à pied, en deux-roues ou en voitures, klaxonnant, criant, chantant. Certains arboraient des T-shirts affichant «Gambia has decided» (La Gambie a décidé), le slogan des partisans du changement de régime. Pour Steve Cockburn, un responsable du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre basé à Dakar, l’exil de Yahya Jammeh marque le début d’un «nouveau voyage» pour la Gambie.