L’ancien président gambien Yahya Jammeh sort de son silence et évoque son retour au pays. Celui qui a régné sur le pays d’une main de fer pendant 22 ans semble, en effet, vouloir rentrer de son exil en Guinée équatoriale. C’est ce qu’il a laissé entendre dans un entretien téléphonique avec un responsable de son parti, une conversation qui a fait le tour des réseaux sociaux et où l’ancien dirigeant, absent de son pays depuis trois ans, évoque de manière explicite son souhait de rentrer en Gambie. Dans cet entretien téléphonique, Yahya Jammeh exhorte les militants de son parti à plaider sa cause envers les autorités, en vertu d’un accord pris par l’Union africaine, la Cédéao et l’ONU, au moment de son départ de Banjul, pour respecter ses droits, et notamment celui de rentrer un jour, en tant que citoyen et ancien chef d’État, dans son pays. La déclaration de M. Jammeh de vouloir revenir en Gambie intervient dans un contexte de forte ébullition politique dans le pays, marquée notamment par de profondes divisions au sein de la coalition qui a porté au pouvoir Adama Barrow, le président au pouvoir depuis 2016. Ainsi, dimanche dernier, des milliers de Gambiens ont défilé en faveur du maintien au pouvoir pour cinq ans du président Adama Barrow, malgré son engagement initial à ne servir que trois ans. Selon l’AFP, cette manifestation intervient moins d’un mois après que des milliers d’autres Gambiens sont descendus dans la rue pour réclamer que le président tienne son engagement de 2016 et quitte le pouvoir sans attendre. Ce rassemblement ouvre une séquence de manifestations dans les prochains jours – dont une prévue jeudi prochain- dans un pays sorti il y a trois ans de la dictature Jammeh
D’ailleurs les supporters de Yahya Jammeh, qui a dirigé pendant 22 ans un régime de féroce répression, comptent manifester le 16 pour son retour d’exil. Les partisans d’un départ de M. Barrow entendent faire de même quelques jours après. Comme les autres sympathisants de M. Barrow, Amadou Jallow a invoqué la durée de mandat de cinq ans inscrite dans la Constitution. « Essayer de forcer le président Barrow à partir reviendrait à un coup d’Etat puisque les Gambiens l’ont élu pour cinq ans », a-t-il dit au correspondant de l’AFP. « Nous ne permettrons à personne de renverser le gouvernement et la Constitution », a renchéri un autre partisan, Issatou Sanyang.
Dans une motion remise au porte-parole du gouvernement, les organisateurs du rassemblement de dimanche s’inquiètent d’observer un ralentissement des activités économiques, dû à la «peur partout grandissante» que la contestation contre M. Barrow «ne mène à la guerre civile». Ils réclament des «mesures fermes» du gouvernement contre les «tactiques de la peur». Investi par une coalition de l’opposition, M. Barrow a remporté la présidentielle du 1er décembre 2016. M. Jammeh avait tenté de contester le résultat mais avait été contraint à l’exil après une intervention politico-militaire régionale. La charte fondatrice de la «Coalition 2016» stipulait que le nouveau président dirigerait un gouvernement provisoire pendant trois ans avant d’organiser une nouvelle élection à laquelle il ne pourrait pas se présenter. Fin septembre, alors que la pression s’intensifiait pour que M. Barrow respecte cet engagement, une partie de la coalition a accepté qu’il aille au bout des cinq ans.
Hier, selon BBC Afrique, Banjul a averti Yahya Jammeh de ne pas tenter de rentrer chez lui. Sa sécurité ne pourrait pas être garantie s’il revenait sans autorisation, a déclaré un porte-parole du gouvernement au média.n