Par Khaled Remouche
Un pas positif vient d’être effectué dans le sillage du développement des exportations hors hydrocarbures et des investissements nationaux à l’étranger. En effet, le ministre des Finances vient d’annoncer l’ouverture prochaine de succursales de banques publiques à l’étranger, particulièrement en Afrique, pour accompagner les exportateurs nationaux et éventuellement les investissements des opérateurs algériens à l’étranger. Une facilitation réclamée par de nombreux entrepreneurs depuis plusieurs années.
Contacté à ce sujet par Reporters, Mohamed Kessel, expert financier, émet néanmoins des réserves. «Où est la stratégie de déploiement de ces succursales ? Où est le business model qui préside à l’installation de ces agences bancaires ?» Cette feuille de route n’existe pas, selon lui. Plus précis, il relève que le travail d’identification des opérateurs, des filières et des marchés ciblés en Afrique, tels que la Tunisie, la Libye, les pays limitrophes Niger, Mali, Mauritanie, et des grands pays avec lesquels l’Algérie a de bonnes relations politiques, comme le Nigeria et l’Afrique du Sud, ne s’est pas encore opéré alors qu’il doit faire partie de cette stratégie. Ces agences bancaires vont-elles se concentrer sur le commerce, c’est-à-dire sur l’exportation ou l’investissement des opérateurs algériens à l’étranger ? Des relations sont-elles établies avec les organismes financiers internationaux, tels que la Banque Africaine de développement et d’autres institutions susceptibles de financer l’importation de produits algériens par les opérateurs des pays africains qui abritent ces succursales ? Quelle est, du reste, la stratégie à adopter par rapport aux pays de la CEDEAO ?

L’investissement à l’étranger reste soumis au cas par cas…
L’autre question à soulever est la réglementation des changes. Sera-t-elle révisée de manière à faciliter le travail de ces agences bancaires et de ces exportateurs, à savoir la possibilité octroyée aux exportateurs de pouvoir installer des comptoirs commerciaux et de faciliter l’échange de produits nationaux contre des produits dont l’Algérie a besoin, notamment, le cacao, les bananes et des minerais. Ce qui va encourager les opérateurs africains à développer le commerce interafricain. Abdelaouab Ziani, président du patronat CIPA, très actif dans la promotion des exportations hors hydrocarbures, ne croit pas que la faiblesse du PIB de ces pays soit une contrainte au développement des exportations hors hydrocarbures algériennes.
Les opérateurs des pays africains seront encouragés à importer des produits algériens puisqu’ils pourront vendre les produits dont l’Algérie a besoin et pouvoir ainsi avoir des montants pour financer ces importations de produits nationaux, affirme-t-il. Quant à l’investissement des opérateurs algériens, il est toujours restreint par la Banque d’Algérie. C’est au cas par cas. Seuls Sonatrach et Cevital ont pu bénéficier du feu vert de la Banque centrale pour des opérations d’investissement à l’étranger. Du moins, rares sont ceux qui ont obtenu cette dérogation, rappelons-le. Mohamed Kessel ajoute dans la foulée que cette stratégie de déploiement doit également se fonder sur une connaissance fine des marchés des pays ciblés par ces succursales. L’activité conseil des exportateurs par ces agences sera donc la clé de réussite de cette politique d’expansion des exportations en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Encore faut-il que ces succursales disposent d’un personnel qualifié, susceptible d’aider ces exportateurs à pénétrer ces marchés et de pouvoir, pourquoi pas, séduire les autochtones de ces pays à déposer leur argent. Ce qui n’est pas aujourd’hui évident.
Enfin, le champ de déploiement de ces succursales doit-il se limiter à l’Afrique ? La présence d’une banque publique ou plusieurs banques en France pour drainer l’épargne de la diaspora algérienne, en attendant que des banques privées nationales puissent voir le jour, est une nécessité si on veut mobiliser de nouvelles ressources financières pour surmonter la crise financière qui secoue le pays depuis plusieurs années. L’Etat devrait encourager ce mouvement en appelant à l’accélération de la mise en oeuvre de cette mesure programmée depuis au moins 2018. n