En attendant la position du FFS, qui sera annoncée samedi, les forces en présence dans la compétition électorale à l’occasion des prochaines législatives sont globalement connues avec, manifestement, une forte participation des formations du courant islamiste qui misent sur une place confortable dans l’Assemblée populaire nationale (APN).

PAR NAZIM BRAHIMI
Tous les partis islamistes se sont lancés dans la bataille, MSP, FJD, El Bina, El Islah et Ennahda. Le président d’El Bina, Abdelkader Bengrina, annonce même des alliances dont les contours ne sont pas encore esquissés. En face, l’ensemble des partis appartenant au courant démocratique ont choisi de tourner le dos au scrutin législatif, préférant se battre pour un processus constituant et une période de transition. C’est le cas notamment du RCD et du PT qui avaient leurs élus dans l’Assemblée dissoute avant la fin de son mandat.
Cette présente configuration augure visiblement d’une représentation parlementaire inédite avec probablement une prédominance des islamistes, l’effacement des traditionnels partis démocratiques et l’avènement d’une nouvelle génération d’élus issus du mouvement associatif ou ce qui a été souvent désigné par «société civile». L’autre inconnue de cette équation renvoie à ce que sera le poids des traditionnels partis de la majorité (FLN-RND-TAJ) fortement bousculés par la déchéance de l’ancien président Bouteflika et le discrédit qu’ils continuent de subir depuis l’avènement du mouvement populaire pour le changement de février 2019.
Ce qui est certain pour le moment, c’est que le jeu électoral dans le contexte actuel attire fortement les islamistes et fait fuir les démocrates, notamment ceux habitués aux élections législatives.
Le politologue Mohamed Hennad estime que «les tenants du pouvoir politique mettent les partis politiques qui refuseraient de participer à la prochaine élection législative devant un choix cornélien». Ils veulent leur dire, explique l’universitaire, que «si vous refusez de participer aux élections, les islamistes vont rafler la mise et, à terme, vous régler vos comptes», relevant, dans ce sens, que «les islamistes, de leur côté, y verraient une occasion en or».
Pour M. Hennad, «il y a, bien sûr, un autre dilemme pour les partis récalcitrants, celui d’empêcher, par leur non-participation, la réalisation d’ambitions personnelles que bon nombre de leurs militants pourraient nourrir à la faveur de cette élection». M. Hennad se dit convaincu qu’à terme, «une alliance devrait se conclure entre les tenants du pouvoir et les islamistes dès lors qu’ils affrontent un ennemi commun : les forces du changement», estimant que «les conditions difficiles dans lesquelles se dérouleront les élections vont les pousser davantage dans cette direction».
Le choix de la chaise vide pour laquelle ont opté les partis démocratiques est-elle porteuse politiquement ? Pour le spécialiste en sciences politiques, «parler de politique de la chaise vide n’est pas conforme à la réalité dans le cas de figure qui nous concerne». Il explique, à ce propos, que «les partis qui refusent de participer aux élections prochaines ont toutes les raisons du monde de ne pas y croire, voire de se trouver devant un énième fait accompli après celui de l’élection présidentielle et du référendum sur l’amendement de la Constitution.
D’autre part, «même si la non-participation ne produira pas d’effets sur le court terme, elle le fera, assurément, sur le moyen terme dans la mesure où les résultats des élections prochaines ne reflètent guère une représentation nationale légitime à cause, notamment, de la quasi certaine non-participation d’une partie du pays, au moins la Kabylie», conclut M. Hennad.
Pour sa part, Nacer Djabi, enseignant de sociologie à la retraite, estime que pour comprendre les raisons qui font que les islamistes sont attirés par le jeu électoral plus que les autres, il faudrait décortiquer la sociologie de ces formations politiques. Il rappelle que les partis de la mouvance islamiste «ont toujours été dans la logique de la participation qu’ils préfèrent à celle de l’affrontement avec le pouvoir en place».
Les islamistes ont toujours considéré que «la meilleure solution consiste à participer et attendre comment vont évoluer les choses», note encore Djabi, qui relève que dans ces appareils «ce sont les cadres généralement issus des couches moyennes qui poussent leurs directions à la logique de la participation».
Selon Mohand Arezki Ferrad, ancien député (1997-2002), «il n’y pas de plus normal que des partis participent et que d’autres boycottent un vote quelconque», s’interrogeant plutôt sur «ce à quoi peut aboutir un vote» s’agissant du rendez-vous du 12 juin prochain. S’inscrivant dans la logique de la rue et du Hirak, qui «réclame un système politique qui consacre la souveraineté du peuple», M. Ferrad soutient que «l’offre politique du pouvoir ne correspond pas à la demande exprimée par le mouvement populaire de février 2019».
En tout état de cause, sur le point de départ de la compétition électorale, les islamistes partent favoris, notamment au vu de l’absence des partis démocratiques et du déclin des anciens partis de l’allégeance. Reste cependant à connaître ce que sera le poids des formations politiques qui participent pour la première fois, à l’image de Jil Jadid et de Talaia El Hourriyet, ainsi que des nouveaux acteurs de la scène politique issus de «la société civile». «Le pouvoir en place peut miser sur un renouvellement de façade en remodelant l’APN dans laquelle il préférerait avoir affaire à des personnes qu’à des partis politiques véritablement ancrés dans la société», souligne M. Djabi.