Par Milina Kouaci
La grogne sociale s’élargit en touchant plusieurs activités. Les travailleurs de divers secteurs lâchent leur colère et réclament l’amélioration de leur situation socioprofessionnelle dans un contexte général, marqué par l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Certains secteurs vivent déjà au rythme de la grève, alors que d’autres sont à l’étape du préavis de débrayage.
En effet, le pays est traversé par une série de mouvements sociaux aux revendications socioprofessionnelles disparates, mais qui convergent vers la revendication salariale. Education, commerce, santé, poste et finances sont en ébullition. Les marques de mécontentement des travailleurs sont quasiment quotidiennes, puisque les travailleurs ont paralysé leurs secteurs respectifs ou promettent de le faire en signe de « mécontentement et de colère » contre les engagements non tenues des autorités compétentes.
Hier, les agents de contrôle et de la répression de la fraude ont observé, pour le quatrième jour consécutif, une grève nationale appuyée à son dernier jour par un sit-in de protestation devant le siège du ministère du Commerce à Alger. Le Syndicat national des travailleurs du Commerce (SNTC), qui a initié cette grève, menace d’aller vers une grève illimitée en cas de non-satisfaction de ses revendications. Il dénonce l’attitude du ministère qui « tourne le dos aux doléances légitimes des travailleurs ». Leur plateforme de revendications porte entre autres sur la révision du statut particulier des fonctionnaires du secteur, ainsi que la révision du décret exécutif 205/11 portant le régime indemnitaire des corps spécifiques du secteur du commerce.
Dans le secteur de l’Education, le conseil autonome des directeurs des lycées appelle le ministère de l’Education à ouvrir les portes du dialogue pour se concerter sur leurs préoccupations, tout en imputant la responsabilité des actions du syndicat à la tutelle. Les proviseurs se disent mécontents de la non-concrétisation des promesses faites par la tutelle, notamment en ce qui concerne le régime indemnitaire et le statut particulier. Ce syndicat envisage de boycotter les opérations de la vente des livres, la réquisition pour les examens nationaux, et l’ensemble des opérations y afférentes.
Pour sa part, le Syndicat national des corps communs et ouvriers professionnels de l’Education nationale (SNCCOPEN) annonce une grève nationale, les 25 et 26 avril 2021, suivie d’un sit-in le 26 avril devant les sièges des directions de l’éducation du territoire national. Les corps communs réclament le versement des primes pédagogiques et de documentation des laborantins, avec effet rétroactif, depuis leur intégration dans le secteur en 2012.
De son côté, la Coordination des enseignants du primaire appelle à une journée de grève nationale, le 26 avril prochain, et ce, quelques semaines après une grève nationale observée fin mars. La coordination d’Alger Ouest a emboîté le pas à celle d’Oran en organisant hier un sit-in de protestation pour dénoncer les retards pris dans le versement des salaires en réclamant à l’occasion la dignité de l’enseignant.
Les revendications de ce syndicat sont appuyées par plusieurs organisations syndicales du secteur appelant à dispenser les enseignants des tâches extra-pédagogiques et de les laisser se focaliser sur la seule mission d’enseignement et ce conformément à l’article 41 du décret exécutif 315/08 portant statut particulier des fonctionnaires appartenant aux corps spécifiques de l’Education des fonctionnaires de l’éducation, un rôle pédagogique.
Dans le secteur de la santé, le Syndicat national des sages-femmes affilié à la centrale syndicale UGTA renoue, les 26 et 27 avril prochain, avec la grève. Les sages-femmes réclament une meilleure protection ainsi que la révision de la nomenclature des actes. Cette corporation réclame également le droit à la retraite anticipée et de classer la profession de sages-femmes dans la nomenclature des métiers à hautes pénibilité.
Face à la crise économique, la dévaluation du dinar et la hausse des prix des produits, le pouvoir d’achat qui continue de s’éroder, la Confédération des syndicats algériens (CSA) s’apprête, pour sa part, à mobiliser sa base pour des actions de grève et de protestations, d’après Abdelouahab Lamri Zegar, porte-parole de l’Unpef, membre de la CSA. Ce syndicaliste appelle le gouvernement à intervenir et satisfaire les revendications des syndicats autonomes pour éviter une explosion sociale.
Par ailleurs, et s’agissant de la colère ouvrière dans le secteur privé, des centaines de travailleurs ont observé hier à Béjaïa un rassemblement de solidarité avec les travailleurs de Numilog (filiale de Cevital) à l’appel lancé par l’Union locale de l’UGTA. Rassemblés devant le Palais de justice, les contestataires ont exprimé leur indignation « face à l’impuissance des pouvoirs à appliquer les décisions de justice ordonnant la réintégration des travailleurs de Numilog licenciés depuis l’été dernier, en raison de leurs activités syndicales ». <