Par Feriel Nourine
Les foyers de la contestation se multiplient et la grogne sociale gagne du terrain au rythme d’un quotidien de plus en plus impossible à vivre, plutôt subi par une majorité des travailleurs en Algérie. Le temps est au retour des grèves. Un retour en force ! A travers des actions déjà lancées sur le terrain, alors que des appels à d’autres mouvements du genre sont lancés par plusieurs syndicats. Les personnels de l’Education nationale et ceux de la santé font des émules dans de nombreux autres, à l’instar du Commerce ou encore de la Protection civile. Entre-temps, les travailleurs de la Poste n’ont pas hésité, eux aussi, à organiser une grève, quitte à subir le courroux et les critiques acerbes des citoyens qui en ont payé le prix. Côté secteur privé, ce sont des corporations entières qui vivent le calvaire de la précarité, mais se résignent dans de nombreux cas à souffrir dans le silence, faute de représentation syndicale qui puisse prendre en charge leurs problèmes socioprofessionnels et défendre leurs intérêts. Déjà confrontés à un quotidien rendu étouffant par la pandémie et les restrictions sanitaires qu’elle a imposées, les Algériens ne savent plus quel type de riposte faudra-t-il user à l’encontre de cette malédiction socio-économique qui s’abat sur eux, sans que le changement promis par les pouvoirs publics ne soit effectif sur le terrain.
Et si les fermetures de nombreuses usines à travers le pays ont provoqué un véritable séisme social, chiffré par centaines de milliers d’emplois perdus et livré tout ce monde de nouveaux chômeurs à l’indigence, nombreux parmi les travailleurs ayant pu conserver leur poste de travail vivent, quant à eux, avec des salaires rachitiques qui rendent leur pouvoir d’achat sans pouvoir aucun.
Aujourd’hui, 34% des travailleurs algériens vivent sous la menace de la pauvreté, selon un récent rapport de la Banque mondiale. «Une famille algérienne de 5 personnes a besoin de 70 000 DA pour vivre sans dettes», a indiqué, quant à lui, Mohamed Benazzouz, enseignant universitaire et expert en économie. Ce dernier ne manque pas de mettre en garde contre la descente aux enfers d’une grande partie des travailleurs, soulignant qu’«avec la valeur actuelle du Salaire national minimum garanti (SNMG), le constat de pauvreté s’impose de lui-même».
Cette situation, déjà palpable depuis bien longtemps, s’est aggravée avec les augmentations des prix qui n’ont épargné aucun produit en 2020 et qui se sont poursuivies durant les quatre premiers mois de 2021, avant que les spéculateurs ne profitent, comme chaque année, de la venue de Ramadan, pour porter les produits de large consommation à des niveaux de prix infernaux qui annihilent toute velléité de résistance chez les consommateurs, plusieurs catégories sociales confondues, faut-il le souligner.
D’où ce rappel des troupes lancé par plusieurs syndicats pour des grèves, dont la priorité des revendications porte, bien évidemment, sur la revalorisation des salaires dans l’espoir de remonter partiellement la pente et juguler un tant soit peu l’érosion de leur pouvoir d’achat. Une revalorisation qui passe par des actions que les autorités concernées promettent d’accomplir depuis des années sans pour autant tenir leurs promesses, poussant les travailleurs à revenir régulièrement à la charge à travers des scénarios de contestation cycliques dont les grèves.
Pendant ce temps, le ministre de l’Agriculture trouve des motifs pour justifier la hausse des prix par des raccourcis qui ne tiennent pas la route, alors que son confrère du Commerce ne se gêne plus de multiplier les avertissements contre les faiseurs de prix et les promesses aux consommateurs qui, en fin de compte, n’ont pour seul impact que de redoubler de férocité chez les spéculateurs et doper leur voracité dont on constate les répercussions sur les étals.
C’est dire la peine que trouve le gouvernement de Djerad à trouver une solution réelle et efficace aux problèmes qui attisent la colère des travailleurs et finissent inévitablement par les pousser vers la contestation et les grèves en guise d’arsenal de confrontation avec les pouvoirs publics. n