Ayant confirmé la tenue de sa «grève nationale», programmée pour ce 4 avril (voir notre édition d’hier), la Coordination des syndicats autonomes de la Fonction publique renouera donc, aujourd’hui, avec la protestation sur le terrain à travers un débrayage d’une journée accompagné de sit-in régionaux organisés devant les sièges des wilayas de Bouira, Annaba, Oran et Laghouat.

L’Intersyndicale, qui regroupe les secteurs de l’éducation, la santé et l’administration, s’est attelée ces derniers jours à «mobiliser» ses troupes pour faire entendre ses revendications, indiquent les responsables des structures syndicales concernées. «Toutes les structures syndicales, issues de toutes les wilayas tiennent des campagnes de sensibilisation auprès des travailleurs pour réussir notre action syndicale», a déclaré Idir Achour, secrétaire général du Conseil des lycées d’’Algérie (CLA).
M. Achour a rappelé que le mouvement de grève de cette journée du 4 avril intervient en signe de «protestation sociale, principalement, contre la suppression de la retraite proportionnelle, les atteintes aux libertés syndicales, la dégradation du pouvoir d’achat et pour la révision du régime indemnitaire et de la grille indiciaire des traitements des fonctionnaires».
Pour rappel, le 27 février dernier, l’Intersyndicale avait appelé à un nouveau débrayage pour ce début d’avril, après une action du genre menée moins de deux semaines auparavant (14 février), et qui avait alors donné lieu à une évaluation chiffrée de la part des pouvoirs publics qui remettaient en cause la portée de cette action, alors que les syndicats à la tête du mouvement s’étaient, par contre, réjouis de son «succès».
C’est en tous les cas dans cette dynamique de «réussite» que la Coordination des syndicats autonomes de la Fonction publique inscrit cette nouvelle «grève nationale», avec, expliquent ses animateurs, l’objectif de maintenir la pression sur le gouvernement jusqu’à satisfaction de sa plateforme de revendications. En agissant de la sorte, l’Intersyndicale fait montre d’une «réaction logique et normale», estime Daoud Sidhoum, expert en mouvements sociaux.
Rappelant que «le mouvement syndical a tiré la sonnette d’alarme par rapport à un acquis arraché par les travailleurs suite à de longues années de lutte», M. Sidhoum notera qu’«actuellement, les conditions socioprofessionnelles ne satisfont pas les travailleurs. Ils aspirent par ces mouvements de débrayage à défendre leurs intérêts et à arriver à des situations sociales meilleures». C’est pourquoi, explique notre interlocuteur, «ils continuent d’agir par l’organisation d’actions de protestation afin de faire valoir leurs revendications et s’opposer à la remise en cause de leurs acquis sociaux, notamment en ce qui concerne le dossier de la retraite». Les mouvements de protestation sont aussi le «signe d’un malaise provoqué par des décisions unilatérales du gouvernement, qui écarte et marginalise les travailleurs», poursuit notre interlocuteur, hormis la centrale syndicale UGTA.
Cela étant, l’expert en mouvements sociaux considère qu’en dépit de l’image d’unité qu’ils dégagent, les syndicats ne sont pas pour autant au summum de la maturité car, analyse-t-il, «ils divergent aussi sur certains points» et, par conséquent, «on ne peut parler que d’une prise de conscience par rapport aux années précédentes», déduit M. Sidhoum. D’ailleurs, ajoute-t-il, «c’est pour ces raisons que les statuts de la Confédération nationale des syndicats autonomes ne sont pas encore définis par les membres de l’Intersyndicale, et, par ricochet, aucune date n’est avancée pour déposer le dossier de création pour agrément auprès du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales». Par ailleurs, au lendemain de cette action avec l’ensemble des syndicats autonomes, l’Intersyndicale de l’éducation composée de 5 syndicats devrait rencontrer la ministre de l’Education, Nouria Benghebrit, pour examiner leurs revendications. Ces rencontres font suite à celles organisées la semaine dernière avec les syndicats du secteur à l’exception du Cnapeste. Le 24 du mois dernier, elle avait reçu au siège de son département ministériel les partenaires sociaux en deux séances de travail. La première séance a réuni les syndicats Unpef, Snapest, Satef, SNTE et CLA, tandis que la seconde a réuni Snapap, FNTE, Snapep et Snccopen. La ministre de l’Education a déclaré que «les portes du dialogue restent ouvertes», précisant que le ministère tiendra «au cours de cette semaine plusieurs rencontres avec les syndicats».