Publié par les éditions Dalimen, le premier recueil de nouvelles de Françoise d’Alecys «Il allait chanter pour moi… » a été présenté, mercredi dernier, par son auteur à la librairie Point-Virgule.

A travers une vingtaine de récits – tous largement basés sur des histoires réelles – ce recueil revient sur le contexte libyen de ces dernières années. La révolution de 2011, mais surtout la situation chaotique qui a suivi la chute du système politique du colonel Kadhafi.
L’auteur, en saluant le courage de la jeunesse libyenne, écrit dans la préface que «la révolution libyenne (…) s’est retournée sur elle-même aussitôt Kadhafi abattu. Il aurait fallu la meilleure attention et les meilleures intentions des puissances qui l’avait entraînée, favorisée et appuyée».
Cet ouvrage retient notamment, l’attention par la volonté de son auteur de mettre au second plan le regard purement politique ou géopolitique de la situation et de ses causes. «Le livre n’est pas politique, il prend le parti de l’humain».
C’est également l’expérience et le parcours de Françoise d’Alecys qui lui donne un sens particulier. Ayant occupé le poste de responsable de communication et presse pour la Mission européenne de sécurisation des frontières (Eubam Libya), elle a pu côtoyer au plus près les bouleversements subis par la population libyenne. Elle souligne à propos de ce contexte, que «c’est une situation que les Libyens n’ont pas souhaité. Il y a eu une contestation populaire à Benghazi, mais jamais personne n’avait imaginé qu’ils se retrouveraient dans ce marasme total, ou pas une seule ville n’a été épargnée, où le sud du pays est livré à toutes les ingérences, à toutes les factions islamistes possibles et imaginables et où l’opposition historique entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine n’a fait que se renforcer, où le centre du pays, qui était déjà abandonné avant 2011, l’est davantage. A l’heure actuelle, il n’y a pas de solution proche».

Des gens «ordinaires» survivant dans
le chaos
La nouvelliste explique : « Je suis arrivée en 2014 alors que la  guerre civile avait éclaté. La mission  Eubam Libya  ne pouvait pas faire grand-chose. Mais, bien sûr, j’étais très sensible à tous les problèmes que vivait la population. J’avais eu l’occasion de rencontrer les Libyens et de partager les choses avec eux. »  Elle confie aussi que  son évacuation du pays par l’armée de l’air italienne et le « sentiment d’inachevé » qui en découlera seront à l’origine de l’écriture de l’ouvrage. Tout en précisant : «Quand nous avons été évacués,  j’avais le sentiment de ne pas en avoir fait assez, que je devais prolonger les échanges que nous avions eus. C’est comme cela que j’ai commencé à écrire une série de nouvelles pour essayer de retracer les difficultés de la population libyenne. L’on parle souvent de la politique, des ingérences. Mais on oublie qu’il y a des hommes qui souffrent».
L’écriture des textes a nécessité une année de travail en mêlant le réel à l’imaginaire. Les nouvelles étant ainsi basées sur les comptes-rendus journalistiques que faisait l’auteur dans le cadre de son travail. «Ce sont ces revues de presse que j’ai exploitées. Souvent, il s’agissait de faits qui me sont restés en mémoire, qui m’ont frappée, ou même choquée. J’ai essayé de faire un travail qui permet de dresser un tableau de la Libye actuelle», affirme-t-elle.
Le lecteur découvre, en effet, les parcours de personnes « ordinaires » plongées dans le chaos de la guerre civile. Les nouvelles, notamment intitulées «Maman aime les histoires», «Je t’appellerai Mad Kalman !» ou encore «Rose de Manille à Tripoli» mettent, respectivement, en avant le récit d’un voleur de voitures de luxe, d’un ingénieur de Misrata, reconverti dans la fabrication d’armes et de machines artisanales pour la révolution, ou encore d’une jeune infirmière philippine qui ne découvre qu’une fois sur place les déchaînements de violences contre les chrétiens ».
Toutes les histoires mises en avant dans le recueil, «Il allait chanter pour moi…» ont, par ailleurs, pour point commun de ne pas dévoiler de chute. Françoise d’Alecys explique ce choix en précisant  que «les histoires laissent en suspend le sort des personnages, nous ne savons pas ce qu’ils deviennent. Un peu comme la réalité de la Libye aujourd’hui».