Par Bouzid Chalabi
Une étude menée par l’Observatoire des armements nucléaires a dévoilé la présence jusqu’à ce jour de déchets liés aux essais nucléaires français en Algérie entre 1960 et 1967 dans la région de Reggane (sud-ouest de Béchar). C’est pourquoi la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) recommande à la France d’assurer à l’Algérie son assistance pour nettoyer les sites concernés à fin de leur réhabilitation. Depuis, il faut croire que cette recommandation traîne dans son exécution. Mais, aujourd’hui, les deux pays se disent disposés à intégrer le dossier dans le cadre de la mémoire coloniale. Est-ce à dire que le dossier est à la veille de connaître une nouvelle approche ? Pour l’Ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette, «la question des essais nucléaires français en Algérie est un sujet complexe. Nos deux pays travaillent ensemble à le traiter, avec le plus grand sérieux». L’ambassadeur se prononçait sur le sujet lors d’une conférence de presse qu’il a animée mardi dernier au siège de l’ambassade, en réponse à la question si la France allait prendre en charge les opérations de réhabilitation des sites infectés ? Son Excellence a répondu : «C’est dans cette perspective que s’est réuni, les 19 et 20 mai à Paris, le groupe de travail sur les essais nucléaires».
A propos du groupe, l’Ambassadeur a rappelé à cette même occasion qu’il a été créé en 2008 par les autorités des deux pays. «Composé d’experts, il a pour mission d’étudier conjointement la question de la réhabilitation des anciens sites d’essais nucléaires au Sahara, avec pour préoccupation première la protection des personnes et de l’environnement», a-t-il expliqué. Confirmant, avant de passer à un autre sujet, que la France a réalisé 6 essais nucléaires au Sahara de 1960 à 1962. Elle a ensuite réalisé 11 essais nucléaires de 1962 à 1966, après l’indépendance de l’Algérie, avec l’accord des autorités algériennes.
Cela dit, il y a lieu de savoir que dès le début des expérimentations nucléaires, notent les auteurs du rapport de l’ICAN, la France a pratiqué une politique d’enfouissement de tous les déchets sous les sables.
Tout ce qui était susceptible d’avoir été contaminé par la radioactivité – avions, chars et tout autre matériel – a donc été enterré. Pire encore, des matières radioactives (sables vitrifiés, roche et lave contaminées) ont été laissées à l’air libre, exposant ainsi la population et l’environnement à des dangers certains. N’étant soumise à aucune obligation en vertu des accords entre les deux pays, la France n’a jamais dévoilé où étaient enterrés ces déchets, ni leur quantité, note encore le rapport.
Rappelons enfin que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), adopté en juillet 2017 et dont l’Algérie est signataire mais pas la France, oblige les Etats à prendre des mesures en faveur des populations et des environnements contaminés par les essais. Et stipule qu’il incombe à «l’Etat partie qui a utilisé ou mis à l’essai des armes nucléaires ou tout autre dispositif explosif nucléaire de fournir une assistance suffisante aux Etats parties touchés aux fins d’assistance aux victimes et de remise en état de l’environnement». C’est pour dire que l’Algérie est en droit de demander que la France assume ses responsabilités, tout au moins remettre aux autorités algériennes la liste complète des emplacements où ont été enfouis des déchets contaminés ainsi que, pour chacun d’eux, la localisation précise, un descriptif du matériel, ainsi que la nature et l’épaisseur des matériaux de recouvrement utilisés. n