Quatre policiers français ont été présentés dimanche à la justice, mis en cause dans le passage à tabac d’un producteur de musique noir qui a choqué tout le pays, contribué à une forte mobilisation contre une loi sécuritaire et accru la pression sur le gouvernement.

Par Guillaume DAUDIN
Les manifestations organisées samedi partout en France et émaillées de violences ont réuni plus de 130.000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, 500.000 selon les organisateurs. Dans un contexte politique tendu pour le gouvernement, qui s’est mis à dos journalistes, réalisateurs, documentaristes, défenseurs des droits et une partie de la population avec sa proposition de loi «Sécurité Globale», le site Loopsider avait fait éclater le scandale jeudi en France en publiant la vidéo de Michel Zecler, violemment frappé pendant plusieurs minutes dans son studio de musique le 21 novembre à Paris par trois policiers, avant qu’un quatrième ne vienne jeter depuis l’extérieur une grenade lacrymogène à l’intérieur du local. Dans une seconde vidéo publiée vendredi, on voit M. Zecler être de nouveau frappé dans la rue, une fois extrait du studio, alors qu’il est entouré par de nombreux policiers qui ne réagissent pas. M. Zecler a affirmé avoir été traité à plusieurs reprises de «sale nègre». Selon le quotidien Le Parisien, les policiers ont contesté en garde à vue toute dimension raciste à leur attitude. Le procureur de Paris Rémy Heitz doit officiellement annoncer à 16h00 GMT la suite donnée à la garde à vue des quatre policiers, entamée vendredi après-midi à l’Inspection générale de la police nationale («police des polices»). Selon une source proche du dossier, ils ont été présentés à la justice dimanche. Une enquête est ouverte contre eux depuis mardi pour «violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique», avec la circonstance aggravante de racisme, et «faux en écriture publique», un crime passible des assises, même si cette infraction aboutit la plupart du temps à des poursuites devant un tribunal correctionnel. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé jeudi «la révocation» des policiers mis en cause «dès que les faits seront établis par la justice». Il les a accusés d’avoir «sali l’uniforme de la République».

«Honte»
Le président Emmanuel Macron a dit vendredi sa «honte» face à ces images, parmi les plus virales en 2020 en matière d’information. Pour la troisième fois cette année, le chef de l’État a demandé au gouvernement de lui faire rapidement des propositions «pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations». Cette affaire a apporté de l’eau au moulin de la coordination îStopLoiSécuritéGlobale, selon laquelle la proposition de loi soutenue par M. Darmanin «vise à porter atteinte à la liberté de la presse, à la liberté d’informer et d’être informé», et qui s’insurge notamment contre une disposition visant à encadrer l’image des policiers. La coordination fait valoir que bon nombre de violences policières seraient restées impunies si elles n’avaient pas été capturées par l’oeil de caméras. Elle a «fermement» dénoncé les «quelques dégradations et violences à Paris et à Lyon», notamment «des violences contre des policiers sur la place de la Bastille» après la fin de la manifestation parisienne. Une soixantaine de membres des forces de l’ordre ont été blessés, selon le gouvernement. Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des policiers passés à tabac par des manifestants, des «violences inacceptables», selon M. Darmanin. Selon un bilan du ministère de l’Intérieur, 81 personnes ont été interpellées à travers la France. A Paris, un photographe syrien indépendant collaborateur de Polka et de l’AFP, Ameer al Halbi, 24 ans, qui couvrait la manifestation, a été blessé au visage. Deux manifestants, qui ont fait un signalement auprès de l’Inspection générale de la police, ont en outre été blessés en province, selon la police. (Source AFP)