À 80 jours des élections présidentielles, le champ politique en France est sens dessus dessous. Il reste essentiellement marqué par le grand déballage sur la probité du candidat François Fillon, présenté il y a quelques semaines comme un ultra favori, par la difficulté d’un pronostic qui tiendrait la route jusqu’au scrutin décisif du printemps prochain.

Une ambiance pré-électorale des plus agitée aggravée par l’inquiétude sur l’avenir économique du pays et sa capacité à résoudre les tensions générées par le chômage, le débat sur l’islam et les crispations identitaires.
Il y a encore quelques mois les Français s’attendaient à une course électorale écrite d’avance ou presque et allant se jouer avec des candidats des forces politiques établies. Aujourd’hui, ils voient se dérouler un casting inattendu qui pourrait encore évoluer si François Fillon, qui a remporté largement la primaire droite qui est en pleine tourmente, se retirait sous la pression des affaires d’emplois fictifs et de passe-droits dans lesquelles lui et son épouse sont impliqués. Des sondages donnent la présidente du parti du Front national Marine Le Pen devant François Fillon, talonné par l’ex-ministre de l’Economie repositionné au centre, Emmanuel Macron. Puis viennent le tout nouveau champion socialiste, Benoît Hamon -désigné dimanche- et le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.
Mais, constate des observateurs, la position de favori n’est plus un gage de succès. Pour cause, les ténors qui occupaient la scène politique depuis une décennie, sont tombés les uns après les autres à la faveur de primaires, un mode d’investiture apparu en 2011 en France. Cet épisode a vu chuter Nicolas Sarkozy et l’ex-Premier ministre Alain Juppé, favori pendant des mois. Au parti socialiste, affaibli et divisé, l’ex-Premier ministre Manuel Valls, lui aussi favori après le désistement du président François Hollande, a fait les frais du rejet de la politique gouvernementale qu’il a incarnée pendant deux ans et qu’on considère comme digne de n’importe quelle formation de droite.
François Fillon, qui avait fait de la probité un thème clé de sa campagne. se voit aujourd’hui éclaboussé. L’ex Premier ministre a promis qu’il «renoncerait à concourir s’il était inculpé». Mais des voix s’élèvent pour son remplacement immédiat, quelle que soit l’issue de cette affaire qui alimente le rejet de la classe politique. Quand à Marine Le Pen, la numéro du Front national, réputée pour son programme anti-Europe et anti-immigration elle est en nette progression constante. Elle aussi, est impliquée dans une affaire «d’emplois fictifs » au Parlement européen où elle siège comme députée. L’institution lui a réclamé en effet près de 340.000 euros. Une somme qu’elle aurait utilisée pour rémunérer deux assistants qui ne travaillaient pas au Parlement européen mais pour son parti. Sans effet sur son audience politique dans le pays, avertissent des observateurs. Arnaud Montebourg, candidat malheureux aux primaires socialistes, a récemment mis en garde contre l’austérité et les promesses non tenues, estimant que la période actuelle était « la dernière station-service avant le désert lepeniste »