Le ministre français des Affaires étrangères a appelé les ressortissants français vivant à l’étranger à la prudence au lendemain de l’attentat de Nice, estimant que la menace contre les intérêts français était « partout ». Le message de Jean-Yves Le Drian est intervenu à l’issue d’un Conseil de défense alors que l’enquête sur le triple assassinat dans une basilique à Nice, un attentat « terroriste », qui a mis la France sous le choc, ne fait que commencer après la découverte de l’identité du présumé assaillant, un jeune migrant tunisien originaire de Sfax.

« Le message d’urgence attentat (plus haut niveau du plan de sécurité « vigipirate », ndlr) a été envoyé hier soir à l’ensemble de nos ressortissants à l’étranger, quels que soient les lieux, puisque la menace est partout », a déclaré Jean-Yves Le Drian à l’issue d’un Conseil de défense.
« On passe vite de la haine virtuelle à la violence réelle, et nous avons décidé de prendre toutes les mesures pour assurer la sécurité de nos intérêts, de nos ressortissants », a poursuivi le ministre, précisant que des instructions avaient été données aux ambassadeurs « pour qu’ils renforcent les dispositifs de sécurité » autour des présences françaises dans le monde (ambassades, consulats mais aussi Alliances françaises ou établissements scolaires).
Quelques semaines après l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, décapité pour avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, le chef de la diplomatie française a évoqué une vigilance toute particulière autour des écoles.
« Nous avons aussi pris la décision de n’autoriser les ouvertures d’établissements scolaires qu’à partir du moment où la vigilance aura été accrue et une attention aura été portée à l’égard à la fois des parents, des enseignants et des élèves », a-t-il expliqué. M. Le Drian a relevé que ces mesures étaient prises « en relation avec les autorités locales qui, d’une manière générale, nous apportent leur concours ». Des manifestations anti-françaises et des appels au boycott des produits français se sont multipliés depuis le week-end dernier dans le monde musulman pour dénoncer le soutien apporté par le président Emmanuel Macron à la liberté de caricaturer.
Le présumé agresseur de Nice : un migrant tunisien originaire de Sfax
En ce qui concerne l’attentat terroriste qui a coûté la vie à trois personnes, jeudi dernier à Nice, on sait pour l’instant que l’assassin présumé est un jeune Tunisien fraîchement débarqué en Europe, a été grièvement blessé et arrêté. Son pronostic vital restait « engagé », jeudi soir, selon le procureur antiterroriste Jean-François Ricard. Selon le procureur antiterroriste français et une source au ministère de l’Intérieur italien, il est arrivé clandestinement en Europe par l’île italienne de Lampedusa le 20 septembre. Il aurait débarqué sur le continent, à Bari, dans le sud de l’Italie, le 9 octobre, a expliqué M. Ricard. Il aurait à ce moment-là reçu un ordre de quitter le territoire italien dans les sept jours, selon la source italienne. Il s’appelle Brahim Issaoui, selon sa famille que l’AFP a pu rencontrer en Tunisie et le procureur général de ce pays voisin. La justice tunisienne, qui a également ouvert une enquête, a indiqué qu’il avait des antécédents judiciaires de droit commun de violence et de drogue. Son frère, Yacine Issaoui, qui a assuré lui avoir parlé au téléphone mercredi soir, a indiqué que Brahim était parti de Tunisie un mois et demi plus tôt et était arrivé en France mercredi soir, la veille de l’attentat. « Il a dit qu’il allait aller en France car pour le travail c’est mieux », a-t-il raconté. Il n’a pas fait de demande de carte de séjour ni de carte de résident en France, selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sur RTL vendredi. Il est par ailleurs « inconnu au fichier national des empreintes digitales » et « inconnu des services de renseignements », selon M. Ricard. Issu d’une famille nombreuse et modeste de Sfax (centre de la Tunisie), le jeune homme était réparateur de motos selon sa mère.
Où en est l’enquête ? Le parquet antiterroriste français a ouvert une enquête pour « assassinats et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle », coordonnée par la Sous-direction antiterroriste (Sdat). Sur place, les enquêteurs ont trouvé l’arme du crime, un couteau avec une lame de 17 cm, selon M. Ricard. Un sac d’effets personnels, un coran et deux téléphones, ainsi que deux couteaux non utilisés ont également été découverts, a-t-il ajouté. Jeudi soir, un homme de 47 ans, soupçonné d’avoir été en contact avec l’assaillant, a été placé en garde à vue, a-t-on appris vendredi de source judiciaire, sans que l’on connaisse la nature de ses échanges avec M. Issaoui.

L’Algérie condamne l’acte terroriste ayant ciblé un lieu de culte à Nice
L’Algérie a condamné l’acte terroriste «odieux» ayant ciblé un lieu de culte à Nice en France, tout en appelant à la consolidation de la coopération internationale pour un «front commun» contre tous les extrémismes, indique vendredi un communiqué du ministère des Affaires étrangères (MAE). «L’Algérie condamne l’acte terroriste odieux ayant ciblé un lieu de culte à Nice et exprime sa solidarité avec les familles des victimes», précise la même source. Face au terrorisme, la position de l’Algérie est «constante et claire». Elle rejette «toute forme de justification et tout amalgame avec l’islam, religion de paix et de tolérance», note la même source. Elle en appelle à «la consolidation de la coopération internationale et au dialogue pour un front commun contre tous les extrémismes», ajoute le communiqué du MAE.