Voitures incendiées, vitrines brisées, jets de projectiles : des scènes de vandalisme ont émaillé samedi une manifestation parisienne, organisée dans le cadre d’une journée de rassemblements pour la défense des droits sociaux et des libertés dans plusieurs villes de France.

Par Nicolas KIENAST
«Les casseurs cassent la République», s’est indigné le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à l’issue de la manifestation, qui a réuni à Paris 5.000 personnes. Avec pour mots d’ordre la défense des droits sociaux et celle des libertés, les quelque 90 rassemblements organisés en France ont réuni 52.350 personnes, selon le ministère de l’Intérieur. Au total, 64 interpellations ont eu lieu et 8 membres des forces de l’ordre ont été blessés, a indiqué le ministère. A Paris, le cortège de plusieurs milliers de personnes avait démarré dans le nord de la capitale, sous haute surveillance policière, une semaine après une précédente manifestation qui s’était achevée avec de violents heurts. Des projectiles ont été lancés sur les forces de l’ordre qui ont répliqué en faisant usage de gaz lacrymogènes, ont constaté des journalistes de l’AFP. Entre «400 et 500 éléments radicaux», selon une source policière, ont commis de nombreuses dégradations. «Tout le monde déteste la police», «anti anti anticapitalistes», ont notamment scandé certains participants. Des barricades ont également été incendiées.

Incidents ailleurs en France
Des incidents se sont également produits ailleurs comme à Lyon (est) et Nantes (ouest), où deux policiers ont été blessés, dont l’un par un cocktail molotov. Des rassemblements ont également eu lieu à Toulouse (sud-ouest), Montpellier (sud), Rennes (ouest), Strasbourg (est), Bordeaux (sud-ouest). Initialement prévue comme un rassemblement syndical contre la précarité, traditionnellement organisé par le syndicat CGT le premier samedi de décembre, la journée a vu s’agréger la contestation contre la loi sécurité globale, qui mobilise les défenseurs des libertés depuis plusieurs semaines. Le texte prévoit un encadrement de la diffusion d’images de policiers en opération, et ses détracteurs estiment qu’il porte atteinte «à la liberté de la presse, à la liberté d’expression et à la liberté de manifester», et va instaurer «des outils de surveillance de masse».
Les manifestants entendaient aussi dénoncer les violences policières après deux affaires fin novembre qui ont provoqué une onde de choc en France : le passage à tabac d’un producteur de musique noir – pour lequel 3 policiers ont été inculpés – et l’évacuation brutale d’un camp de migrants à Paris. «En deux ans, j’en ai vu des violences, c’est anormal qu’on ne puisse pas filmer», a déclaré à l’AFP à Paris Nadine, une «gilet jaune», mouvement de contestation sociale né fin 2018 marqué par des manifestations régulières pendant plus d’un an, dont certaines très violentes. «Il n’y a pas opposition entre les libertés publiques et individuelles et le fait de se battre contre la précarité et le chômage, surtout dans la période», a estimé le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez dans le défilé parisien.

Policiers en colère
Ces manifestations interviennent au lendemain d’un entretien du président Emmanuel Macron au media en ligne Brut, très prisé des jeunes, pour tenter d’apaiser le climat. Accusé de multiplier les mesures «liberticides», le chef de l’Etat a dénoncé un «grand mensonge». «Je ne peux pas laisser dire qu’on réduit les libertés en France», a-t-il martelé. «On n’est pas la Hongrie ou la Turquie». Le chef de l’Etat a prôné l’apaisement, en dénonçant à la fois les violences de certains policiers et celles commises contre les forces de l’ordre. Il a également expliqué vouloir regarder en face la question des contrôles au faciès. Il a promis le lancement en janvier d’une plate-forme nationale de signalement des discriminations, gérée par l’Etat, le Défenseur des droits et des associations. Les caméras-piétons pour les policiers seront parallèlement généralisées. Des propos qui ont fait bondir les principaux syndicats de gardiens de la paix, qui ont appelé samedi à cesser les contrôles d’identité. Le syndicat Alliance a ainsi dénoncé «la défiance de l’Etat vis-à-vis des policiers». n