Moins de trois mois de la présidentielle, le candidat de droite François Fillon tentait hier de relancer sur le terrain et auprès de ses soutiens une campagne plombée par des soupçons d’emplois fictifs, au lendemain de ses «excuses» aux Français. Une réunion avec des parlementaires de son camp et un déplacement dans le nord-est de la France vont faire office de test pour évaluer les bénéfices de sa contre-attaque, après deux semaines de tourmente qui lui ont fait perdre son statut de favori de la course. Depuis son siège de campagne lundi à Paris, le candidat conservateur, 62 ans, a défendu la «légalité» des emplois de ses proches lors d’une longue conférence de presse. Mais il a aussi reconnu que ces pratiques choquaient aujourd’hui l’opinion publique et a pour la première fois présenté ses «excuses» aux Français. «C’est une nouvelle campagne qui commence», a-t-il lancé ensuite pour tenter de remobiliser des troupes déboussolées à moins de trois mois du premier tour le 23 avril. Selon un sondage publié mardi, les deux tiers des Français (65%) n’ont pas été convaincus par les explications de François Fillon sur le travail rémunéré de son épouse Pénélope et deux de ses enfants. Ils sont plus d’un tiers (35%) à estimer qu’il doit néanmoins maintenir sa candidature à la présidentielle. Première étape de sa reconquête: une visite d’usine puis un échange informel avec les salariés et des entrepreneurs. François Fillon réunit auparavant les parlementaires de droite en fin de matinée. Alors que son propre camp commençait à s’alarmer de la perspective d’une élimination dès le premier tour, ses plus proches soutiens ont de nouveau fait bloc après son intervention médiatique. Il «a prouvé qu’il était vraiment le patron» et «qu’il n’y avait pas de plan B», a affirmé mardi Bruno Retailleau, son coordinateur de campagne. Des voix s’élevaient depuis plusieurs jours pour évoquer une candidature alternative. «Maintenant, c’est le 23 avril que ça se passe. La question, ce n’est pas de savoir si les politiques sont convaincus, la question c’est les Français», a toutefois souligné Nathalie Kosciusko-Morizet, députée et candidate malheureuse à la primaire de la droite en novembre dernier. Jusque-là favori des sondages pour l’élection, François Fillon a brutalement dévissé dans les intentions de vote après l’éclatement de l’affaire. Désormais derrière la candidate d’extrême droite Marine Le Pen et le centriste Emmanuel Macron, il ne serait pas qualifié pour le second tour, selon des enquêtes réalisées avant son intervention lundi. La présidente du Front national a qualifié mardi de «mensonge» les explications fournies par François Fillon. «Il nous a expliqué qu’il ne voulait pas se soumettre au tribunal médiatique et il fait une grande conférence de presse pour venir demander pardon de quelque chose dont, parallèlement, il explique que c’est parfaitement légal et qu’il n’y a aucun problème», a-t-elle observé. «Il a pris en otage son propre camp», a jugé pour sa part Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti Socialiste (PS), qui a récemment intronisé Benoît Hamon comme candidat à l’issue d’une primaire.
Il reste par ailleurs des zones d’ombres: l’emploi controversé de Penelope Fillon par une revue littéraire n’a pas été abordé pendant la conférence de presse, alors qu’il intéresse également la justice française.
Une enquête a été ouverte pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel. L’équipe de campagne du candidat de droite va aussi guetter avec anxiété la nouvelle livraison de l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, qui paraît le mercredi mais dont les morasses parviennent le mardi après-midi dans les rédactions. Le journal est en effet à l’origine de l’affaire devenue le «Penelopegate».