Par Ursula HYZY
Le gouvernement français a haussé le ton lundi et réquisitionné deux dépôts de carburant alors que la grève se poursuit dans certaines raffineries et que s’ouvre une semaine à haut risque marquée par l’élargissement du mouvement social mardi et les premiers départs en vacances vendredi. Il faut «libérer les dépôts de carburants, libérer les raffineries qui sont bloquées et utiliser les moyens de la réquisition», a déclaré le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire. «Le temps de la négociation est passé. Il y a eu une négociation, il y a eu un accord, cela veut dire qu’il faut que force reste à la voix majoritaire», a ajouté le ministre au micro de BFMTV, en référence à l’accord conclu la semaine dernière entre TotalEnergies et deux syndicats majoritaires, mais que la CGT rejette. «C’est inacceptable et c’est illégitime», a-t-il martelé. Dans la foulée de ces déclarations, le ministère de la Transition énergétique a annoncé de nouvelles réquisitions de personnel dans les dépôts de Feyzin (sud-est) et de Mardyck (nord), alors que la grève dans les raffineries françaises de TotalEnergies a été reconduite lundi sur cinq sites, selon le coordinateur CGT pour le groupe Eric Sellini. La semaine dernière, le gouvernement avait déjà réquisitionné des salariés de plusieurs dépôts de carburants pour soulager la pression sur les stations-service, dont plus de 30,1% étaient encore en difficulté d’approvisionnement dimanche soir, en rupture de stock pour au moins un produit. «Nous le faisons pour les Français, nous ne le faisons pas contre les grévistes, elles (les réquisitions) sont absolument nécessaires pour que les gens puissent continuer d’aller au travail et subvenir à leurs besoins basiques», a déclaré lundi Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique, lors d’une visite matinale sur le port de Gennevilliers (région parisienne), destinée à vérifier le ravitaillement en cours des camions citernes. Le gouvernement tente de faire preuve de fermeté alors que la CGT et d’autres syndicats appellent les salariés de tous les secteurs à faire grève et manifester mardi pour les salaires et les libertés syndicales. La grève touchera en particulier les entreprises ferroviaire SNCF et de transports publics parisiens RATP. Les réquisitions interviennent aussi au lendemain de la «Marche contre la vie chère», organisée par des partis de gauche dont La France Insoumise (LFI) à Paris, mais qui a réuni moins de monde qu’espéré par les organisateurs. Ces derniers ont revendiqué 140.000 participants, mais de source policière, on en a dénombré 30.000, et 29.500 selon un comptage du cabinet Occurrence pour un collectif de médias, dont l’AFP. Difficultés à se rendre au travail, inquiétude en zones rurales en pleine période de récoltes et semis, crainte de perturbations des départs en vacances et d’annulations: les conséquences sur de nombreux secteurs d’activités se font sentir. Le président du Medef, le patronat français, Geoffroy Roux de Bézieux, a réclamé dimanche des réquisitions, car une semaine de pénurie supplémentaire «ça risque vraiment d’avoir un impact sur l’économie». Alors que la grève a fait drastiquement monter les prix à la pompe, la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé dimanche la prolongation de la ristourne de 30 centimes, assurant que TotalEnergies allait «également» prolonger sa remise de 20 centimes. L’aide financée par l’Etat devait baisser à 10 centimes à partir du 1er novembre. (Source AFP)