Le gouvernement français a fait des concessions, mercredi, sur son projet contesté de système universel de retraites, mais sans réussir à apaiser des syndicats unanimes dans leur refus de cette réforme, après une semaine de grève qui paralyse largement les grandes villes du pays.

Par Loïc VENNIN/AFP
«Le temps est venu de créer un système universel de retraite», a asséné le Premier ministre Édouard Philippe, envoyant une fin de non recevoir aux manifestants qui réclament depuis le 5 décembre le retrait de cette réforme, promise par le président Emmanuel Macron avant son élection en 2017. Face à cette nouvelle fronde sociale, le président français, qui a fait de la «transformation» du pays la raison d’être de son quinquennat, joue gros sur cette réforme. Les détracteurs du projet comptent sur l’impopularité de M. Macron pour sortir victorieux du conflit et sur le contexte très tendu dans le pays, avec la mobilisation depuis plus d’un an du mouvement des «gilets jaunes», mais aussi des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux, parmi les étudiants, les policiers… «Le temps du système universel est venu. Celui des régimes spéciaux s’achève», a affirmé M. Philippe dans un long discours, en référence aux nombreux «régimes spéciaux» qui permettent actuellement à certaines professions en France de partir plus tôt en retraite, notamment les cheminots de la SNCF (opérateur du rail) et les conducteurs du métro parisien (RATP). La retraite est un sujet éminemment sensible en France, la population restant attachée à un des systèmes les plus avantageux au monde. Les opposants les plus virulents espèrent faire durer le mouvement et mettre le pays à l’arrêt comme lors de la longue grève de décembre 1995. «Nous mettrons fin aux régimes spéciaux», mais «progressivement, sans brutalité, avec respect», a dit Edouard Philippe. Ainsi, la réforme ne s’appliquera qu’aux Français nés en 1975 et après, a-t-il concédé. De plus, la disparition des régimes spéciaux est confirmée mais, pour les conducteurs de la SNCF et de la RATP, qui peuvent partir dès 52 ans, la réforme s’appliquera à partir de la génération de 1985.
Des mesures ont de plus été annoncées en direction des plus précaires, notamment l’instauration d’une retraite minimum garantie à 1.000 euros. Mais, a averti le chef du gouvernement, «la seule solution est de travailler un peu plus longtemps et progressivement, comme c’est le cas partout en Europe». Ainsi, même si l’actuel âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, la réforme «incitera» à travailler jusqu’à 64 ans, un âge «raisonnable», selon M. Philippe.
«Ligne rouge franchie»
Les annonces gouvernementales ont suscité l’unanimité des syndicats contre elles. «La grève, la grève générale», ont ainsi crié, à la fin du discours du Premier ministre, des grévistes réunis dans un local syndical près de la gare de l’Est, à Paris. La colère se cristallise sur les incitations à travailler jusqu’à 64 ans. La «ligne rouge» a été franchie, a réagi Laurent Berger, numéro un du premier syndicat de France, la CFDT, une organisation réformatrice avec le soutien de laquelle le gouvernement pouvait espérer faire accepter sa réforme. Il s’agit également d’une ligne rouge pour l’UNSA, un des trois plus importants syndicats à la compagnie ferroviaire SNCF, dont le secrétaire général, Laurent Escure, a averti que la mobilisation pourrait «se globaliser». Le Premier ministre a estimé que «les garanties données justifient que la grève s’arrête». Mais les syndicats ne semblent pas prêts à cesser leur mouvement. «Le gouvernement s’est moqué du monde», a vertement réagi Philippe Martinez, numéro un de la CGT, deuxième syndicat de France. Le syndicat FO appelle à «renforcer la mobilisation». Le gouvernement a également réussi à faire l’unanimité de la gauche contre lui : pour la première depuis 23 ans, l’ensemble des partis de gauche tiennent mercredi soir un meeting commun sur les retraites. Il n’y a guère que le président du Medef (patronat), Geoffroy Roux de Bézieux, pour trouver un «bon équilibre» dans les propositions d’Édouard Philippe. La grève devrait donc se poursuivre, au grand dam des milieux du tourisme et du commerce, inquiets à l’approche des fêtes de fin d’année, à tel point que le gouvernement a décidé de réactiver des mesures d’aides déjà utilisées lors du mouvement des «gilets jaunes». n