La sculpture en hommage à Abdelkader (1808-1883) a été vandalisée avant son inauguration samedi à Amboise dans le centre de la France, où le héros national algérien a été détenu avec plusieurs membres de sa famille de 1848 à 1852, ont constaté des journalistes de l’AFP. L’oeuvre intitulée “Passage Abdelkader” et signée de l’artiste Michel Audiard, représente l’émir découpé dans une feuille d’acier rouillé.

Elle a été largement dégradée dans la partie basse de la structure. Si l’inauguration de la stèle a été maintenue, le maire d’Amboise Thierry Boutard a fait part de son “indignation”. “J’ai eu honte qu’on traite une oeuvre d’art et un artiste de cette sorte. Le deuxième sentiment est bien sûr l’indignation.

C’est une journée de concorde qui doit rassembler et un tel comportement est inqualifiable”, a-t-il dit à l’AFP. Ouassila Soum, Franco-Algérienne âgée de 37 ans, a indiqué avoir “le coeur serré”. “Cela a été fait à la disqueuse, ce ne sont pas des enfants, c’est dommage et en même temps ce n’est pas surprenant avec le discours de haine, le climat nauséabond actuel”, a-t-elle dit à l’AFP, voyant dans cette stèle “un symbole de rapprochement entre les peuples et les civilisations”.

L’ambassadeur d’Algérie en France, Mohamed Antar Daoud, a appelé de son côté à “davantage de dialogue et de compréhension”.

Cette oeuvre pour les 60 ans de l’indépendance de l’Algérie avait été proposée par l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur “Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie”, remis au président français Emmanuel Macron en janvier 2021.

L’émir Abdelkader ibn Mahieddine (1808-1883) est une figure de l’histoire de l’Algérie. Celui qui était surnommé “le meilleur ennemi de la France” a joué un grand rôle dans le refus de la présence coloniale française en Algérie. Il est considéré comme l’un des fondateurs de l’Algérie moderne.

Après sa reddition, il a été emprisonné à Toulon (sud-est), Pau (sud-ouest) puis au château d’Amboise de 1848 à sa libération en 1852. Cet “homme passerelle” comme le qualifie Benjamin Stora, s’exile ensuite à Damas où il s’illustre en 1860 en défendant les chrétiens de Syrie, en proie aux persécutions.

Cet acte fera de lui un symbole de tolérance. Il sera récompensé en France de la Grand Croix de la Légion d’honneur.