La hausse des taxes sur les carburants en France continuait à chauffer, hier, le mouvement de protestation contre le président français Emmanuel Macron. Lors de la manifestation qui s’est déroulée hier, sous la houlette du mouvement des «gilets jaunes», fronde populaire contre le chef d’Etat français, plus de 100 000 personnes étaient rassemblées à travers la France, sur fond de fortes perturbations de circulation routière qui se sont soldées, entre autres, par la mort d’une manifestante dans les Alpes françaises.

La victime a été heurtée par une conductrice prise de panique à un barrage organisé par ces «gilets jaunes», en référence aux vestes que tout automobiliste doit détenir dans sa voiture afin de le rendre visible en cas d’accident. En outre, 47 blessés, dont trois dans un état grave, ont été enregistrés dans d’autres incidents survenus dans la journée d’hier, alors que des échauffourées ont eu lieu avec les forces de l’ordre ou entre «gilets jaunes» et usagers de la route non manifestants.
Le ministère de l’Intérieur a estimé à plus de 2 000, le nombre de rassemblements, mobilisant 124 000 personnes. Mais l’objectif de « paralyser le pays » revendiqué par les «gilets jaunes», n’a pas été atteint, selon la même source, alors que les chiffres officiels de participation ont été vivement contestés. Ce mouvement de contestation intervient après une année difficile pour le président Macron, marquée par des manifestations qui se sont multipliées contre son vaste programme de «transformation» de la France, sans cependant réussir à stopper la locomotive réformatrice. Descendue sous les 30%, la popularité d’Emmanuel Macron est la plus basse depuis son élection en 2017, alors que les «gilets jaunes» sont en revanche, eux, soutenus par 73% des Français, selon le sondeur Elabe. « 54% des électeurs de Macron soutiennent ou ont de la sympathie pour ce mouvement. Ce n’est pas anodin », souligne Vincent Thibault, chargé d’études à l’institut. « C’est d’ores et déjà un succès en termes d’opinion », a conclu Jérôme Sainte-Marie, président de PollingVox, autre institut de sondage.
« Qu’ils soient quelques milliers ou plusieurs millions, qu’ils parviennent ou non à bloquer le pays, les gilets jaunes ont gagné », estime le quotidien «Le Parisien». « Ils ont rappelé à nos dirigeants que (…) la fiscalité écologique (…) est vouée à l’échec si elle néglige la réalité quotidienne de ceux qu’elle est censée aider». Pour Jérôme Sainte-Marie, «Emmanuel Macron est en grande difficulté face à ce peuple central, ce Français moyen, qui n’a pas l’impression d’être aimé par Macron : il incarne une forme d’élite parisienne, sociale et intellectuelle ». L’image de Président des riches, c’est encore très présent. Il a du mal a s’en défaire », résume Vincent Thibault. Fédérant mécontentements et frustrations, le mouvement des «gilets jaunes» est également « la conséquence d’accusations, l’accumulation incessante de petites phrases, comme quand il avait parlé des gens qui ne sont rien», juge M. Sainte-Marie en référence à une des saillies dont le président Macron est coutumier. «Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien », avait-il dit en juillet 2017, suscitant un vif émoi. La hausse du prix de l’essence n’est ainsi qu’un «élément déclencheur», note Vincent Thibault : «Le mécontentement est plus général ».