La polémique enflait lundi en France sur la lenteur de la campagne de vaccination contre le Covid-19, débutée il y a huit jours et qui n’a pour le moment concerné que quelques centaines de personnes dans le pays, contre plusieurs dizaines de milliers chez ses voisins européens. Au 1er janvier, seules 516 personnes avaient été vaccinées en France, selon le ministère de la Santé dans un pays où le coronavirus a déjà fait plus de 65.000 morts. «On ne peut pas envisager de rester sur ce rythme. Les calculs laissent envisager qu’il faudrait 3.000 ans pour être vaccinés», a regretté le Pr Bruno Megarbane, chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l’hôpital Lariboisière à Paris. Le nombre de personnes vaccinées est bien inférieur à certains des voisins de la France: plus de 200.000 vaccinations ont été enregistrées en Allemagne et environ un million en Grande-Bretagne. «Je considère qu’aujourd’hui on est face à un scandale d’Etat», a déclaré Jean Rottner, président de la région du Grand Est, où la situation épidémique est particulièrement alarmante et dans laquelle le couvre feu a été renforcé depuis samedi. «Les Français ont besoin de clarté, de messages sûrs, d’un gouvernement qui sait où il va et il ne donne pas cette impression là», a-t-il ajouté. «Nous avons vacciné en une semaine le même nombre que les Allemands ont vacciné en 30 minutes. C’est honteux», a de son côté déclaré le vice-président du Rassemblement national (RN, extrême droite) Jordan Bardella, en affirmant que la France était devenue la «risée du monde». L’eurodéputé écologiste Yannick Jadot a également dénoncé le «fiasco» de la stratégie vaccinale française. La France a choisi de vacciner en priorité les personnes les plus vulnérables dans les maisons de retraite. «La stratégie reste: priorité sur les personnes les plus vulnérables, et les professionnels de santé, en élargissant quand on peut, si on a le nombre de doses nécessaire», a déclaré sur la radio France Inter Elisabeth Bouvet, qui a élaboré la stratégie de vaccination de la France. «Pour nous la stratégie reste la même. La mise en oeuvre de la stratégie doit probablement s’accélérer», a-t-elle ajouté. L’exécutif assure qu’il met les bouchées doubles. Le gouvernement a annoncé avancer à ce lundi le début de vaccination pour les soignants, ainsi qu’une accélération de l’arrivée des doses et un renforcement des moyens pour les transférer aux maisons de retraite. «Ca ne va pas assez vite mais ce n’est pas sur les 15 prochains jours ni le prochain mois que se jugera l’efficacité de la campagne vaccinale», a estimé l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, fixant un premier objectif de 5 à 10 millions de personnes vaccinées d’ici à la fin mars pour voir un premier impact sur la circulation du virus. Jeudi, lors de ses traditionnels voeux de fin d’année aux Français, le président Emmanuel Macron a promis qu’il ne laisserait pas une «lenteur injustifiée s’installer». Le Journal du Dimanche a rapporté dimanche qu’il avait été cinglant en privé sur le rythme de la vaccination.
Les fêtes passées, la France craint un nouveau rebond de l’épidémie. Le territoire est entièrement soumis à un couvre-feu de 20H00 à 06H00 du matin un horaire avancé à 18H00 pour six millions de personnes dans l’est du pays.