Après avoir reconduit en avril dernier Emmanuel Macron à la présidence pour cinq ans, les Français ont choisi, dimanche, de le priver de majorité à l’Assemblée nationale, mettant fin à la présidence ultra centralisée de son premier quinquennat, selon des analystes.

Par Antonio RODRIGUEZ
Avec des projections de sièges qui situent la coalition présidentielle loin des 289 sièges indispensables pour disposer d’une majorité absolue, «les Français ont obtenu ce qu’ils souhaitaient collectivement», explique Emmanuel Rivière, directeur des études politiques de l’institut Kantar. «Les dernières enquêtes d’opinion convergeaient, en effet, vers le désir de ne pas octroyer à Emmanuel Macron de majorité absolue, pas plus qu’à Jean-Luc Mélenchon», le dirigeant de l’alliance de gauche Nupes, qui avait appelé les Français à «l’élire Premier ministre».
Pour Jean-Daniel Lévy, Directeur général de Harris Interractive, les électeurs ont envoyé un message clair au chef de l’Etat. «D’une manière globale, on est face à des citoyens qui ont le sentiment de ne pas avoir été écoutés comme ils le souhaitaient, de ne pas avoir été suffisamment entendus de la part d’Emmanuel Macron et qui aimeraient une autre expression de la part de l’exécutif», affirme-t-il.
Premier président réélu depuis l’instauration du quinquennat en 2002, Emmanuel Macron est aussi le premier à se retrouver en minorité depuis l’inversion du calendrier électoral qui a situé les législatives dans la foulée de la présidentielle et qui, jusqu’à présent, octroyait une majorité claire au chef de l’Etat fraîchement élu. «Il n’y a pas eu de conséquences de la victoire de M. Macron à la présidentielle sur les législatives», constate M. Rivière. «Tout s’est passé comme si nous étions dans la continuité d’un mandat de dix ans et que les législatives ont finalement fonctionné comme des élections intermédiaires qui sont d’habitude difficiles pour le gouvernement et non comme des législatives qui suivent la présidentielle». La question du pouvoir d’achat, notamment du prix de l’essence, a eu apparemment une forte influence sur le résultat du vote, «les problèmes du quotidien ont été beaucoup plus présents dans la tête des Français que dans le débat», reconnaît M. Rivière. Des préoccupations dont le parti RN de Marine Le Pen a fait son principal thème de campagne et qui pourraient expliquer sa percée historique lui permettant de devenir sans doute la troisième force de l’Assemblée nationale avec de 67 à 102 sièges.
Après un entre-deux-tour, où l’appel à faire barrage à l’extrême droite a donné lieu à des messages contradictoires, notamment au sein de la majorité, le RN a fait beaucoup mieux que son objectif d’atteindre les 15 sièges nécessaires pour créer un groupe. «On a la confirmation que dans ce mode de scrutin très particulier qui handicapait jusqu’alors le RN, le front républicain s’est complètement disloqué, voire perdu, dans les limbes de la Ve République», observe le directeur du Cevipof, Martial Foucault, sur la chaîne LCP. «C’est l’un des points sur lesquels la stratégie d’Emmanuel Macron aura eu des conséquences qu’il n’aura pas tout à fait maîtrisées : cette rhétorique de dire ‘à part moi, il n’y a que des extrêmes’ a été un peu dévastatrice», souligne M. Rivière.
La fin de l’hyper présidence
Avec une majorité relative à l’Assemblée, le second quinquennat d’Emmanuel Macron ne ressemblera plus au premier. «Il n’y a pas de reconduction d’une hyper présidence», affirme Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’université Panthéon-Sorbonne. «Pour M. Macron, ce quinquennat sera un quinquennat de négociations, de compromis parlementaires. Ce n’est plus Jupiter qui gouvernera mais un président aux prises avec une absence de majorité à l’Assemblée», assure-t-il. «On va vers un quinquennat où le rôle du Parlement sera réhabilité. C’est la pratique de tous les autres pays européens», ajoute l’analyste.
Avec un score proche des 289 sièges, le Président pourrait gouverner en minorité «cherchant des soutiens au cas par cas en fonction des lois», notamment chez les petits partis, précise M. Rousseau. Mais les projections donnent un écart beaucoup plus large, ce qui laisse le directeur du Cevipof, Martial Foucault, sceptique sur les alliances. «Les difficultés vont être très nombreuses dans les prochaines heures pour définir si on parle d’un pacte ou d’une coalition de gouvernement», prévient-il.(Source AFP)