Le président français Emmanuel Macron, qui recevait hier lundi à Paris son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, a plaidé en faveur d’une «ouverture démocratique» et d’«une société civile active» dans un pays accusé par les ONG de bafouer les droits humains, tout en refusant de conditionner le partenariat stratégique bilatéral à cette question.

Par Laurence BENHAMOU
«J’ai eu l’occasion d’évoquer, comme on le fait entre amis en confiance et toute franchise, la question des droits de l’Homme» et «je reste l’avocat constant d’une ouverture démocratique, sociale et de la reconnaissance d’une société civile dynamique et active», a souligné le président français lors d’une conférence de presse conjointe avec le président Sissi, arrivé la veille pour une visite d’Etat. M. Macron a salué dans la foulée la libération jeudi de trois dirigeants de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), au terme d’une forte mobilisation internationale. Il a assuré avoir également évoqué «plusieurs autres cas individuels», dont celui de Ramy Shaath, défenseur des droits égypto-palestinien marié à une Française dont plusieurs ONG dénoncent la détention arbitraire depuis plus d’un an. Depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée en 2013 et l’arrivée au pouvoir l’année suivante d’Abdel Fattah al-Sissi, une répression croissante s’est abattue sur toute forme d’opposition, islamiste ou libérale. Les ONG appellent à manifester mardi à 18h00 (17h00 GMT) devant l’Assemblée nationale. La France doit passer «des discours aux actes» au lieu de dérouler le «tapis rouge à un dictateur», en cessant en premier lieu «les ventes d’armes et de matériel de surveillance électronique» à l’Egypte au risque de se retrouver «complice de la répression», selon la Fédération internationale des droits humains (FIDH). Mais après avoir refusé de «donner des leçons» à son hôte en octobre 2017, s’attirant les foudres des défenseurs des droits de l’Homme, Emmanuel Macron s’est de nouveau abstenu de mettre trop de pression sur Le Caire.

«Dialogue exigeant»
«Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense, comme en matière économique, à ces désaccords», a précisé le chef de l’Etat français, en estimant «plus efficace d’avoir une politique de dialogue exigeant plutôt qu’une politique de boycott qui viendrait à réduire l’efficacité d’un de nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité régionale». Il en a profité pour saluer «la relation exceptionnelle et amicale» entre la France et l’Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe avec plus de 100 millions d’habitants, considéré par l’Elysée comme un «pôle de stabilité» dans une région instable. Les deux présidents ont affiché lundi leur convergence sur plusieurs grands enjeux de sécurité régionale, de la lutte contre le terrorisme à la crise libyenne en passant par les rivalités avec la Turquie en Méditerranée orientale, et ont affiché un front commun contre les comportements d’Ankara. Emmanuel Macron a par ailleurs remercié son homologue, «président d’un très grand pays arabe et musulman» de sa visite à Paris après une «campagne de haine» anti-française dans le monde musulman. La France a récemment fait l’objet d’appels au boycott et de manifestations après la défense par M. Macron de la liberté de caricaturer, suite à l’assassinat par un islamiste en octobre d’un enseignant français pour avoir montré en cours des caricatures de Mahomet. M. Sissi a rappelé lundi que l’Egypte avait condamné l’assassinat du professeur Samuel Paty par un réfugié russe tchétchène radicalisé. Mais il a aussi souligné le caractère «sacré» de la religion qui conserve, selon lui, «la suprématie sur les valeurs humaines». Il a aussi pointé le risque, en critiquant l’islam, de «blesser des millions de personnes». Le président égyptien s’était entretenu plus tôt lundi matin avec la ministre française des Armées, Florence Parly, après une cérémonie d’accueil fermée à la presse, officiellement pour cause de Covid-19. Son cortège a ensuite été escorté par 141 chevaux de la Garde républicaine jusqu’au palais de l’Elysée pour rencontrer Emmanuel Macron, qu’il reverra dans la soirée pour un dîner en format restreint. Au fil d’une visite en grande partie fermée à la presse, le président Sissi ira déposer une gerbe devant la tombe du Soldat inconnu mardi à l’Arc de Triomphe, poser la première pierre de la Maison de l’Egypte à la Cité internationale universitaire et visiter la Station F, l’un des plus grands incubateurs de start-up au monde. (Source AFP)