Par Marie HEUCLIN
Les dépenses de l’Etat français qui s’envolent à sept mois de l’élection présidentielle dans le pays: à peine dévoilé par le gouvernement, le projet de budget pour 2022 fait déjà grincer des dents dans les partis d’opposition de l’Hexagone. Ce n’est pas une surprise, le dernier budget avant des échéances électorales n’est jamais le plus ambitieux sur la maîtrise des dépenses, alors qu’il est traditionnellement amendé après les élections présidentielle et législatives. Le projet de loi de finances 2022, que le gouvernement français présente mercredi en conseil des ministres, ne fait pas exception à la règle, même si le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a défendu la «responsabilité» et le «sérieux» financier de l’exécutif. Ce dernier budget du quinquennat d’Emmanuel Macron prévoit toutefois un gonflement de l’enveloppe allouée aux ministères. En juillet, Bruno Le Maire avait avancé le chiffre de près de 11 milliards d’euros supplémentaires. Sauf que depuis, les annonces de dépenses pleuvent, de la part d’Emmanuel Macron ou de son Premier ministre, avec notamment un plan de relance pour les travailleurs indépendants ou des mesures pour les transports publics, dont certaines ne sont pas encore prises en compte dans ces 11 milliards d’euros. On attend toujours en particulier deux gros morceaux: le plan d’investissement, de l’ordre de 30 milliards d’euros sur plusieurs années, pour financer l’innovation et les filières d’avenir, et le revenu d’engagement pour les jeunes, dernière grande mesure sociale du quinquennat, qui pourrait avoisiner les 2 milliards d’euros par an, selon le ministère du Travail. Des trous dans le projet qui n’ont vraiment pas plu au Haut conseil des finances publiques, organe indépendant chargé d’évaluer la crédibilité des prévisions budgétaires du gouvernement. Dans son avis rendu public mercredi matin, il a fustigé ces manquements, se disant incapable de rendre un avis «pleinement éclairé» sur le texte, en particulier sur la prévision de déficit public. C’est la première fois depuis 2016, et le dernier budget du précédent président François Hollande, que l’organisme est aussi sévère avec un projet de loi de finances. «Pour 2022, le conseil a été saisi sur une base d’informations incomplètes. Faute d’information, le conseil ne peut pas à ce stade, se prononcer sur le solde public de 2022», a déclaré son président et premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, en audition devant les députés français mercredi matin.
«Irresponsable» ?
«Ce n’est pas open bar», a voulu rassurer le ministre des Comptes publics Olivier Dussopt avant la présentation de ce budget, défendant un «retour à la normale» tout en tenant les «engagements» pris par le président de la République sur la justice, l’armée, l’éducation ou la recherche. Le ministère de l’Economie français promet de consacrer à la réduction du déficit une partie des meilleures recettes attendues grâce à une croissance dynamique cette année (+6%, puis +4% en 2022 selon le gouvernement). Mais le gouvernement n’a annoncé à ce stade aucune mesure d’économie. Le déficit devrait ainsi être ramené de 8,4% du PIB cette année puis 4,8% l’an prochain, pour une dette qui atteindrait encore un niveau record de 114% du PIB en 2022, après 116% en 2021. «2022 n’est toujours pas un budget normal, ni même de normalisation au regard de toutes les dépenses nouvelles qui s’annoncent, même si elles peuvent être justifiées sur le plan économique», estime Hélène Baudchon, une économiste de la banque BNP Paribas. «Euphorie dépensière», attitude «absolument irresponsable», Emmanuel Macron «crame la caisse», l’opposition de droite n’a pas mâché ses mots. A gauche, le député du parti de la France insoumise (LFI), Alexis Corbière a dénoncé «un président en campagne avec des moyens publics». «L’exécutif se trouve confronté à une difficulté: depuis près de deux ans, la politique a été celle du quoi qu’il en coûte» face à la crise sanitaire et «c’est très difficile d’en sortir, de dire qu’il faut limiter les dépenses publiques. Et c’est d’autant plus compliqué que l’élection (présidentielle) approche», analyse Charlotte de Montpellier, économiste à la banque ING. n