Par Rédaction culturelle
Avec «Qu’un sang impur…», son premier film comme réalisateur, Abdel Raouf Dafri concrétise «un rêve qui me tient à cœur  depuis des années, évoquer la guerre d’Algérie», a-t-il expliqué au public venu découvrir le long métrage projeté en avant-première française au Pathé Gare du Sud à Nice. Né à Marseille, Dafri est connu pour avoir été le scénariste de «Un Prophète», «Mesrine» et la série «Braquo», qui ont tous été primés. Il avait confié sur le site de France Culture que ce film était dédié au «peuple algérien, qui a souffert de la colonisation puis après l’indépendance, conduite par des hommes corrompus encore au pouvoir aujourd’hui». Son film est également dédié «aux jeunes appelés français envoyés au casse-pipe». Tourné quasi-exclusivement en extérieur, dans les montagnes marocaines au début de cet automne, «Qu’un sang impur…» s’ouvre sur l’interrogatoire musclé (doux euphémisme) de trois Algériens conduit par des officiers de l’armée française dans un DOP (dispositif opérationnel de protection). «C’étaient des unités spéciales qui débarquaient dans les villages comme des cirques itinérants et torturaient les gens pour obtenir des informations…», explique le réalisateur. «Tout ce que je montre en termes de violence a été perpétré dans la réalité», assure-t-il, espérant proposer un film «très contemporain qui parle aux jeunes, divertisse, mais pousse aussi à réfléchir». Le titre «Qu’un sang impur…», référence évidente à «La Marseillaise», désigne ici «le sang des colonisés» subissant la tyrannie de l’oppresseur. «C’est dire l’universalité de notre hymne national», observe celui qui va s’atteler prochainement à l’écriture de la version en série de «Un Prophète». «J’ai voulu comprendre pourquoi mes parents m’ont mis au monde en France, en 1963, alors qu’ils avaient déjà un pays et qui plus est, un pays qui venait d’être libéré de ses oppresseurs», ajoute-t-il. «Quand on fait un film sur la Seconde Guerre mondiale, on sait qui sont les gentils, ce sont les résistants, il n’y en avait pas beaucoup mais ce sont les gentils»,  soulignant que «la guerre d’Algérie, c’est plus compliqué, parce qu’il n’y a pas de gentils». Il affirme ainsi : «Je ne voulais pas qu’on me dise vous avez choisi un camp.» Enchaînant, en durcissant son regard bleu acier, «je n’ai pas de camp à choisir, mon pays c’est la France». Abdel Raouf Dafri explique aussi que c’est une phrase du livre «L’Algérie en 1957» de l’ethnologue Germaine Tillion, qui «a guidé en quelque sorte mon film ». «En 1828, lorsque nos ancêtres ont décidé de traverser la mer pour venger un coup d’éventail, l’Algérie était un pays archaïque. La France aussi.» Pour comprendre la guerre d’Algérie,  il dit être «remonté aux sources de l’histoire de France et de son principe de colonisation : il me fallait être le plus honnête et juste possible». Son personnage principal, incarné par le comédien belge Johan Heldenbergh, est un officier de l’armée française «ancien de l’Indo». Il lui a été inspiré par Roger Vandenberghe, véritable sous-officier tombé en 1952 pendant la guerre d’Indochine. «Je voulais un héros, mais pas un Rambo, un homme au fond fragile mais capable de cruauté», raconte-t-il. A propos de l’absence de stars dans son casting, il confie, en haussant les épaules : «J’en ai appelé quelques-unes qui ont préféré ne pas prendre de risques», dit-il.
Et enchaîne que le film a coûté 4 millions d’euros mais, assure-t-il, ses acteurs et ses équipes lui «en ont donné pour 50 millions !»